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Bemiray – « Pour que la mer ne soit plus la limite de notre rizière »

L’Aumônerie de Montpellier est connue pour ses Sekoly Alahady.

Dans cette nouvelle livraison de sa chronique hebdomadaire, Tom Andriamanoro consacre la presque totalité de ses articles à la Grande île, avec un petit détour en France pour évoquer la « Fiangonana Protestanta Malagasy aty Andafy ».

Réligion – Les protestants malgaches de France

La FPMA, Fiangonana Protestanata Malagasy aty Andafy, est une association cultuelle régie par la loi de 1901. L’administration française a reconnu sa création selon la déclaration N° 62/1161 parue au Journal Officiel français du 3 mars 1963, une reconnaissance officielle confirmée par la déclaration n°2091 parue dans le Journal Officiel de Mars 2005, qui l’institue en Union d’associations cultuelles. Si le parcours administratif de la création de cette Église malgache en terre étrangère n’a pas connu de problèmes majeurs, il n’en a pas été de même du côté du milieu protestant français qui aurait préféré voir les Malgaches intégrer tout simplement l’Église réformée française. C’était méconnaitre cet instinct grégaire bien malgache qui incite le ressortissant de la Grande île à se retrouver entre eux quand ils sont à l’étranger. C’est surtout vrai dans les villes de province, l’individualisme
« à la française » étant plus perceptible à Paris
La genèse de la FPMA remonte en fait à 1946, quand le pasteur Jean Frédéric Vernier créa à Montpellier une aumônerie destinée à soutenir moralement les étudiants malgaches et les anciens militaires restés en France, à la fin de la deuxième Guerre mondiale. C’était une sorte de foyer d’accueil et de retrouvailles, qui permettait aux Malgaches de recréer l’atmosphère du pays, et d’échapper à la dure réalité française de l’après-guerre.
Dans sa Constitution adoptée lors du 26e Synode général tenu en novembre 1998 à Melun, la FPMA s’assigne un certain nombre d’objectifs. Parmi ceux-ci, l’annonce de l’Évangile de Jésus Christ à tout homme et notamment aux Malgaches résidents ou de passage ; la prédication et l’enseignement de la parole de Dieu en langue malgache, dans la mesure du possible ; la promotion de la culture et de la formation spirituelle de ses membres en vue de leur plein épanouissement selon l’esprit de Dieu ; la sensibilisation des membres au respect et à la préservation de la culture malgache ; la concrétisation des enseignements de l’Évangile par des œuvre sociales et de développement ; l’adhésion aux mouvements œcuméniques, en vue d’une Église chrétienne universelle ; l’interdiction de prendre parti pour une organisation politique, de la soutenir et de collabore avec elle.
On y sent un souci réel d’avoir une identité malgache qui a, pendant longtemps, valu à la FPMA le reproche de faire du prosélytisme en « débauchant » les protestants malgache des églises françaises de leurs villes. Certains rites n’étaient d’ailleurs absolument pas compris ni admis par un esprit cartésien, pour ne citer que les séances d’imposition de mains lors des réunions de « Fifohazana » ou les injonctions musclées lors des exorcisations (fandroahana demonia)
La FPMA est-elle, par certains côtés, en avance sur le protestantisme originel de Madagascar ? En un sens oui, puisqu’elle est une Église unie, à la fois réformée et luthérienne, chose inconcevable à Madagascar. La Fédération des Églises protestantes de Madagascar (FFPM) s’est d’ailleurs résignée à abandonner cette idée d’union lors de son Assemblée générale de 1996. La FPMA de France a sa propre liturgie, proposée à l’origine par une commission mixte luthéro-réformée, mais qui n’a jamais été appliquée à Madagascar. Cette liturgie unioniste n’est pas statique, puisque une commission spéciale travaille pour son amélioration.
La FPMA ne comptait au début que huit paroisses, elle en a actuellement une bonne trentaine, auxquelles sont venues s’ajouter celles de la ville du Port à La Réunion et d’Abidjan en Côte d’Ivoire. Selon le règlement interne, une Communauté de prière doit passer deux années de probation, être parrainée par une paroisse déjà existante et demander la reconnaissance du Synode national de la FPMA avant d’être acceptée comme paroisse à part entière. Parmi les difficultés rencontrées par la FPMA, figure le recrutement de responsables à titre permanent, qualifiés pour exercer un ministère pastoral. Il en résulte que parfois ce poste-clé est tenu par des bénévoles. Des entités internationales, conscientes de cette lacune, apportent leur concours en matière de formation. C’est le cas de l’Église luthérienne suisse et de la Fédération luthérienne mondiale.
Enfin, en termes d’ouverture, la FPMA est membre de plusieurs organisations comme la Fédération protestante de France, l’Association nationale des Églises luthériennes de France, le Conseil œcuménique des Églises, la Communauté évangélique d’action apostolique. Elle est, depuis 1997, membre à part entière de la Fédération luthérienne mondiale, de l’Alliance réformée mondiale, et de la Conférence des Églises chrétiennes européennes. Avec l’Aumônerie catholique malgache et les Anglicans, la FPMA constitue le Conseil des Églises chrétiennes malgaches de France.

Le temple de l’Église Jesosy Mamonjy à Ankorondrano peut accueillir 24 000 fidèles.

Rétro pêle-mêle
Mounir Aziz Daoud, le nom ne dit rien aux jeunes générations et divise les anciens. Arrivé à Madagascar en 1961 de son Amérique natale comme son nom ne l’indique pas, celui qui se faisait appeler tout simplement Daoud a été l’auteur de la première grande saignée qu’ait connue la chrétienté malgache. Regard sur sa congrégation récapitulant la période allant de 1961 à 1999: en couverture, une forêt de lamba et d’ombrelles montrant le Madagascar authentique, loin d’une jeunesse dorée en plein délire « yé yé ». En pages intérieures, les miracles réalisés : un aveugle guéri comptant gauchement sur les doigts de l’évangéliste, un mendiant brandissant ses béquilles, un lépreux montrant ce qu’il lui reste de doigts ravagés par la terrible maladie… Puis zoom sur la vie du Siège à Ankorondrano qui, après cinq extensions successives, est arrivé à une capacité de 25 000 places. Et final sur les départs de missions d’évangélisation. C’est en vain qu’un photographe du journal satirique Hehy essaya de tourner cette Église en dérision, avec la complicité d’un poteau électrique cachant certaines lettres : c’est ainsi que Jesosy Mamonjy devient sur ses clichés tour à tour « Jesosy mamo » et « Sosy mamonjy». Difficile de blasphémer plus bas… Daoud décédé en 2004, a aujourd’hui

La FCE se construit dans une région des plus chaotiques. Ici au bord d’un précipice.

toute l’éternité pour attendre la Résurrection en terre d’Imerina, quelque part du côté d’Ivato

Voyage – Un petit train à grandes vibrations
La ligne de chemin de fer reliant Fianarantsoa à la côte Est de Madagascar, a été inaugurée en 1936. Les archives parlent de huit millions de mètres cubes de déblais, et de 225 000 mètres cubes de maçonnerie pour un parcours de moins de 170 kilomètres. La longueur des mèches d’explosif utilisé aurait atteint 1 730 kilomètres et les cartouches, le nombre faramineux de 3 470 000. Avec son parcours souvent à flanc de falaise, ses 56 tunnels creusés à la main, ses quatre grand viaducs dont celui d’Ankeba à 40 mètres au dessus d’une vallée, et ses dizaines d’autres ouvrages d’art, la FCE comme on l’appelle est à elle seule une attraction à grand spectacle.
Les connaisseurs recommandent d’effectuer le trajet plutôt dans le sens de la montée Manakara-Fianarantsoa pour mieux « vivre » la découverte de la falaise. Manakara est une ville qui se souvient encore du temps où elle était belle avec son quartier européen, ses cases traditionnelles antemoro, et le périmètre du port. La sortie des marais d’Ambila marque la frontière entre les pays Antemoro et Tanala en pleine forêt tropicale. Les ravinala ou arbres du voyageur et leur réserve d’eau marquent la végétation. Précaution superflue de la nature dans une région où tombent près de 3 000mm de pluies par an.

Arrêt de la gare de Tolongoina pendant l’inauguration de la ligne où le gouverneur général Cayla passe en revue miliciens et scolaires.

À partir de Manapatrana, un coin perdu où, autrefois, les gamins proposaient des martins-pêcheurs aux voyageurs, le tracé se fait plus sinueux. À Tolongoina commence la partie la plus spectaculaire du trajet, durant laquelle le petit train doit racheter plus de 600 mètres de dénivelé sur un parcours d’à peine 20 km. L’impression d’être en avion est presque parfaite.
Viennent bientôt les chutes de la Mandriampotsy avec, au dessus de la voie, une cascade d’une vingtaine de mètres et, sous le pont, une autre d’égale importance. La vue plonge sur la forêt de l’Est et peut, par temps dégagé, porter jusqu’au bleu de l’Océan. Un dernier coup d’œil sur cette nature majestueuse avant de s’engouffrer dans le tunnel d’Ankarampotsy long de 1 070 mètres. La fraîcheur succède à la chaleur, les pins aux bambous, les Betsileo aux Tanala. Le petit train a hâte de se remettre de ses émotions à Fianarantsoa, terminus d’une ligne dont la construction a été un goulag pour les travailleurs forcés dont beaucoup y ont laissé leur vie…

Le Parc national de Ranomafana fait partie du Patrimoine mondial de l’Unesco
depuis juin 2007

Nature et culture – L’Unesco et ses patrimoines
La session du Comité du patrimoine de l’Unesco, en juin 2007, à Christchurch en Nouvelle Zélande, a été un évènement pour la conservation de la nature malgache. À l’unanimité des membres, six sites de la bande côtière orientale de Madagascar y ont été, en effet, admis au Patrimoine mondial de l’Unesco, à savoir Masoala, Marojejy, Zahamena, Ranomafana , Andringitra et Andohahela. Ce package malgache a, à cette occasion, partagé le podium avec le Karst de Chine du Sud, et les îles volcaniques de Jeju en Corée du Sud.
Quelle est la genèse de cette distinction patrimoniale décernée par l’Unesco ? Il y a, en fait, eu une jonction de deux tendances bien distinctes, dont la première était axée sur les sites culturels menacés, et la seconde sur la préservation de la nature. L’idée de réunir les deux courants est née aux États-Unis en 1965, suivie en 1968 par l’Union internationale pour la conservation de la nature ou UICN qui formula des propositions très voisines. Un texte unique fut adopté le 16 novembre 1972 par la Conférence générale de l’Unesco, soulignant l’interdépendance de l’homme et de la nature, et la nécessité d’entretenir un équilibre entre les deux.
Le fait d’être classé Patrimoine Mondial est avant tout la reconnaissance universelle de la valeur des sites concernés. Ils bénéficient, entre autres avantages, de plans de gestion définissant les mesures de préservation, ainsi que d’une assistance technique appropriée. En cas de catastrophe naturelle, ils peuvent avoir accès à un fonds d’urgence.

Lettres sans frontières

Sélection de romans français
se penchant sur les origines, par Emile GRANGERAY

Les nuits des temps

– Trouble de l’éveil, d’Emmanuel Pierrat. Dirigeant, le jour, l’un des cabinets d’avocats les plus prestigieux, il écrit, la nuit tombée. Dans son dernier récit, il raconte comment il est devenu accro aux livres et aux … piles, car c’est, lampe de poche en main, pour ne pas réveiller son petit frère, qu’il est passé des Folio Junior aux volumes de la Pléiade.
– Un brillant avenir, de Catherine Cusset. D’amour et d’exil, du pays de Dracula à celui du coca cola, et cette terre que l’on dit promise. Alors qu’elle contemple depuis sa terrasse de Manhattan la vue sublime sur les tours de Midtown et les falaises du New Jersey, Helen se souvient de sa jeunesse en Bessarabie, bientôt quittée pour la Roumanie.
– Les bains de Kiraly, de Jean Mattern. À la veille de Yom Kippourn, Gabriel, « aux origines incertaines et aux croyances floues », déambule dans les rues de Londres. Il tente d’oublier sa femme qu’il a abandonnée. Incapable, quand elle lui a annoncé être enceinte, de signifier sa joie proportionnelle à sa terreur.
– Keith me, d’Amanda Sthers. À 30 ans elle vient de rompre avec le père de ses enfants. Alors, comme elle ne sait pas pleurer, elle décide de changer de peau et devient Keith Richard, ce Rolling Stones dont elle comprend si bien la douleur originelle.

Photos : Archives de l’Express de Madagascar – AFP-Fournies

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