Chronique de Vanf

Madagascar à la Biennale de Venise

La «Sérénissime», république aristocratique et oligarchique de Venise (697-1797), une des principales puissances économiques européennes de son temps, est maintenant connue dans le monde entier pour sa « Biennale d’Art et d’architecture». En 2017, la plus ancienne biennale au monde avait attiré 615.000 visiteurs et réuni plus de 80 pays. Pour sa 58ème édition, la Biennale a choisi comme directeur artistique et commissaire général, l’Américain Ralph Rugoff, conservateur et président de la Hayward Gallery de Londres, depuis 2006. Ce dernier a arrêté le thème général de la future Biennale : « May You Live in Interesting Times».
Pour la première fois, Madagascar sera représenté à la Biennale de Venise avec l’artiste plasticien Joël Andrianomearisoa qui faisait déjà la couverture de la «Revue Noire» de septembre 1997, numéro 26 dont le sommaire avait des échos lointains avec la récente exposition «Ici, la limite du royaume est la mer» : «Expressions contemporaines malgaches» (Institut Français de Madagascar, 10 septembre au 20 octobre 2018).
L’IFM accueillera au mois de février un extrait de ce que Joël Andrianomearisoa exposera à Venise. L’Institut français est bien cet «opérateur du ministère des Affaires étrangères et européennes pour l’action culturelle extérieure de la France». Si, en France, un jury de professionnels des musées et de praticiens de l’art, assisté de représentants des ministères des Affaires étrangères et de la Culture ; en Belgique un jury d’experts ; au Canada un comité national d’experts en art contemporain, décident de la personnalité artistique qui représentera leur pays, la participation de Madagascar à cette Biennale 2019 est bien plutôt le fruit de l’heureuse improvisation de l’association Kantoko soutenue par la «Revue Noire» à Paris.
On a entendu parler des «arts actuels» par la dénomination même du CRAAM (centre de ressources des arts actuels). Nous venons d’évoquer l’exposition sur les «expressions contemporaines». Mais, c’est quoi donc l’art contemporain ?
«Le propre de l’art contemporain est de transgresser les frontières: les frontières de l’art tel qu’il est communément admis, les frontières du musée, les frontières du bon goût», explique la sociologue Nathalie Heinich sur France-Culture (15 janvier 2019). Pour aller plus loin, on pourra peut-être consulter ses livres : «Le triple jeu de l’art contemporain (1998), «Le paradigme de l’art contemporain» (2014).
«En ce sens polémique, la notion d’art contemporain remonte aux années 1980», définit pour sa part l’Encyclopédie Universalis qui précise que c’est en 1983 qu’a ouvert le Los Angeles Temporary Contemporary Museum.
Sur un blog, François Boutard, partage sa passion : «L’art contemporain a succédé à l’art moderne (1900-1945). Quelle est sa signification ? À quoi fait référence l’artiste ? Pourquoi avoir pensé à quelque chose d’aussi biscornu en apparence ? Une des caractéristiques de l’art contemporain est donc le questionnement foisonnant qu’il provoque, il ne se contente pas d’une démarche esthétique de reproduction, mais interroge le spectacteur» (artdesigntendance.com).
Exemple d’art contemporain ? Deux vulgaires roues de tracteur, mais plaquées or, exposées par Claude Lévêque, dans le luxe du Palais Garnier à Paris. Autre exemple : «Les incongrues», une vraie-fausse station Shell, avec ses deux pompes équipées, mais située au bout d’une allée piétonne qui tombe directement dans une rivière.
Art contemporain vs. Art classique. Un rien de sulfureux, sans doute par manque d’habitude. Ou parce que notre zone de confort esthétique ne va pas si loin. Par exemple, ce commentaire du magazine «Connaissance des Arts» à propos d’une artiste de la discipline : «Jonglant avec tous les médiums, usant de tous les symboles, déchaînant un imaginaire prolixe et sans tabous, l’artiste allemande Rebecca Horn reste cette figure inclassable, surprenante, puissante et onirique de la scène artistique contemporaine».
«Onirisme», dans le dictionnaire, serait «un état de délire aigu, dominé par des hallucinations visuelles souvent terrifiantes apparantées aux images du rêve»… Les acteurs de la médiation (critiques, curateurs, expositions, collectionneurs, galeries) ont un travail de pédagogie à mener. Peut-être qu’après les Mécènes seraient plus généreux.

Commenter

Ce formulaire recueille votre nom et adresse e-mail afin que nous puissions valider votre commentaire. Veuillez consulter notre politique de confidentalité afin de prendre connaissance sur la façon dont nous protégeons vos informations.
Je consens à ce que L'Express de Madagascar collecte mon nom et email..

Cliquez pour commenter