L'Express de Madagascar

La première application de la politique des races

Le résident général Hippolyte Laroche remet le 28 septembre 1896 au général Joseph Simon Gallieni, commandant supérieur des troupes françaises, tous les pouvoirs dont il est dépositaire sur Madagascar et ses dépendances.
À cette époque, la Grande île comprend seize circonscriptions administratives: Antananarivo, Betafo, Fianarantsoa, Janjina, Mandritsara, Ambatondrazaka, Vohémar, Toamasina, Mananjary, Taolagnaro, Toliara, Maintirano, Mahajanga, Nosy Be, Antsiranana et Sainte-Marie.
Dès le 29 septembre, le général Gallieni prend différentes mesures. Il proclame l’état de siège dans l’Imerina et le Betsileo. Puis il crée des cercles militaires sur le type de l’organisation en vigueur au Tonkin, dans le Nord de l’Imerina avec des chefs militaires: Ambohidratrimo, Ambohi­drabiby, Ambatondrazaka, Mora­manga, Arivonimamo, annexe de Soavinandriana. Pour Antanana­rivo et sa banlieue, il institue un gouvernement militaire.
En même temps, il organise des Milices et auxiliaires indigènes comme palliatifs à l’insuffisance des Troupes indigènes du corps d’occupation. Il revoit enfin les services du ravitaillement et de la ligne d’étapes.
Les provinces littorales et celles du Sud sont maintenues sous le régime civil, sous la direction politique du secrétaire général de la Résidence, M. François, installé à Toamasina. Le général Gallieni conserve le commandement des territoires militaires et la direction des relations avec le gouvernement d’Antananarivo.
C’est la première application de sa « politique des races », car il établit l’indépendance des Betsileo vis-à-vis de la Cour d’Imerina.
Il affirme ainsi son intention de détruire l’hégémonie merina hors de l’Imerina et de respecter l’autonomie des différentes races de la Grande île. « Peu à peu, les gouverneurs, créatures de la Reine, sont remplacés dans les différentes provinces des côtes et du Sud, par des chefs aborigènes » (Bulletin du Comité de Madagascar, 1896).
En décembre 1896, constamment repoussés par les troupes françaises, les insurgés n’occupent plus dans l’Imerina que quelques régions boisées. Le général Gallieni s’occupe alors activement de l’ouverture de la ligne de communication avec la côte Ouest, en passant par Andriba. Elle mettra Mahajanga à huit jours d’Antananarivo.
Au 1er janvier 1897, 57 587 « rebelles » se sont soumis auprès des chefs des cercles militaires. Dans ces mêmes circonscriptions, le nombre des écoles ouvertes augmente et s’élève à 254, celui des enseignants à 328 et celui des élèves à 32 261.
Au mois de février suivant, la zone militaire est ainsi divisée: au centre de l’Imerina, gouvernement militaire d’Antananarivo; au Sud-ouest, le cercle de Babay; au Nord, le premier territoire comprend les cercles d’Ambatondrazaka, d’Ambohidrabiby et de Mora­manga; au Sud, le deuxième territoire militaire est constitué des cercles d’Arivonimamo, d’Ambatomena, de Betafo et l’annexe de Soavinandriana.
Le 27 février, le général Gallieni dépose la reine Ranavalona III et l’exile à La Réunion avant de l’envoyer en Algérie. Depuis, divers postes sont créés, notamment à Ihosy et sur la côte Sud-est, à Farafangana, au fur et à mesure de l’extension de la conquête et sans que les grandes divisions ne soient remaniées.