Océan indien

Agriculture – La maladie du Freckle décime les bananiers réunionnais

Contrairement aux apparences, ce n’est pas Fakir qui a le plus dévasté les bananeraies réunionnaises. Car si la tempête d’avril 2018 a causé des dégâts considérables, le terrain avait été bien préparé par un banal champignon. Baptisé « Phyllosticta cavendishii » par les scientifiques, il se présente sous la forme de taches noires qui s’étendent sur les bananes et les feuilles de bananiers : on parle désormais de « maladie du Freckle ».
« La banane est comestible, mais avec cet aspect, le consommateur ne les achète pas », constate Jean-Michel Moutiama, qui cultive 10 hectares de bananiers à Saint-Pierre. « Auparavant, je livrais environ 200 tonnes de bananes par an, maintenant je n’en livre plus que 120 », regrette l’agriculteur, qui affirme avoir perdu 50 000 à 60 000 euros de chiffre d’affaires annuel.
À la chambre d’agriculture, Eric Lucas, responsable du département « Diversi­fication végétale », confirme les dégâts quasiment sur toute l’île. « La production a baissé de 30% environ, avec 3 000 tonnes de bananes perdues chaque année, depuis deux ans, à cause de la maladie », détaille E. Lucas. Constatée à partir de 2016 à Sainte-Rose, la maladie du Freckle s’est d’abord répandue dans l’Est, puis vers Saint-Philippe et Saint-Joseph. Elle s’étend de plus en plus dans l’île, notamment dans les « bananeraies de rempart » le long des ravines. Là où le soleil ne chauffe qu’en milieu de matinée, où le champignon prospère.
Que faire contre le champignon noir ? ‘ « Il faut planter moins de pieds à l’hectare, maximum 1 200 hectares, soit un pied tous les trois mètres », conseille E. Lucas. C’est ce que pratique déjà Beurty Dubar, producteur de bananes en agriculture biologique à Sainte-Anne. « Au lieu de 1500 plants, je n’en garde que 700 à 800 », explique-t-il. Il faut enlever les feuilles attaquées, et j’utilise des huiles essentielles de citronnelle, de basilic et de clou de girofle pour limiter la propagation du champignon.»
À Saint-André, Aniel Martin, propriétaire du très beau « Jardin des 1001 saveurs», déplore aussi la perte de sa bananeraie. Seule consolation : « Les bananes mignonnes et les bananes carrées résistent à la maladie. »
Ce que confirme Amélie Boyer, agricultrice à Ravine-Creuse et présidente de l’Association agriculteurs partage et solidarité
(AAPS).

Véronique Hummel

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