Notes du passé

Un boom démographique chinois après 1945

Ce sont les Chinois qui ont, les premiers, initié les transporteurs à l’utilisation des cyclo-pousses.

Finalement, quelle est l’origine des premiers Chinois installés à Madagascar ? D’après Léon M. Slawecki, un premier ressortissant chinois est vu dans l’ile vers 1862. Six autres vivent à Nosy Be en 1866, indique Alfred Grandidier, et d’autres atteignent Toamasina et Antsiranana dans les années 1870. En 1883, un Chinois venant de La Réunion se serait installé à Toamasina et y aurait aidé les forces françaises en les ravitaillant pendant la Première guerre franco-merina. Un autre en aurait fait autant à Mahajanga, durant la Deuxième guerre franco-malgache en 1894-1895.
La croissance de la population chinoise se fait lentement, mentionne Léon Slawecki. Fin 1896, la première congrégation chinoise nait à Toamasina. Gallieni estime alors ses membres à cinquante personnes dont dix à Nosy Be. Ils sont déjà dans le petit commerce, hormis ceux installés près d’Antalaha où ils s’occupent de collecte de trépang pour « une maison chinoise de Maurice ». De cinquante Chinois en 1896, on en arrive à quatre cent cinquante deux en 1904, année du premier recensement sur tout le territoire. Léon Slawecki explique cette croissance assez rapide par « le développement économique de la Grande ile par l’administration française », et cela crée une situation intéressante pour les Chinois. « Ils devinrent des intermédiaires, avec les Indiens, entre les grandes sociétés françaises et les paysans. »
H. Isnard écrit dans « la réorganisation du paysannat malgache », en 1951 : « En plusieurs points, la généralisation de l’économie monétaire a bouleversé la vie paysanne. Intermédiaires entre les autochtones et les sociétés commerciales françaises, des Indiens, des Chinois, des Hova ont ouvert boutique jusque dans les hameaux reculés de la campagne malgache. » Le gouverneur général préfère que ce rôle soit tenu par des Français, mais ils sont peu nombreux pour l’assurer. Depuis novembre 1896, il tente de contrôler l’immigration, mais il ne s’efforce pas de l’arrêter, les Chinois, attirés par le développement de l’économie, servent les besoins du gouvernement général.
Presque tous ces premiers immigrants chinois arrivent à Madagascar en transitant par Maurice et surtout par La Réunion. Une circulaire du 16 novembre 1903 précise alors que « les Asiatiques passant par Maurice ou La Réunion devaient être considérés comme Asiatiques et non pas comme sujets britanniques ou français ». Un autre fait survient pour encourager cette immigration à Madagascar des Chinois installés à Maurice.
Vers 1890, indique Léon Slawecki, l’immigration chinoise à Maurice change de caractère. Il y a « moins de Cantonnais parlant cantonnais » et « plus de Cantonnais parlant le dialecte de Hakka ». Ce sont deux groupes qui ne s’entendent pas du tout et « la friction entre eux aurait encouragé les Cantonnais parlant cantonnais à
chercher un nouveau pays- Madagascar- où une situation économique améliorée les attirait ».
En 1967, les Chinois parlant hakka forment la majorité de la population chinoise de Maurice. Mais dès qu’un nombre assez important de Chinois sont établis dans la Grande ile, plus de Chinois viennent directement de Chine : l’immigration continue plus ou moins lentement jusqu’aux années 1930 (512 en 1909, 935 en 1921).
La pression du Japon sur la Chine se fait, par la suite, sentir à Madagascar à partir de 1930 et, l’année suivante, 1 805 sont recensés dans la Grande ile. La dernière grande vague de l’immigration chinoise sous la colonisation, a lieu en 1937-1939, car « ils fuyaient l’invasion japonaise de la Chine » : 573 en 1937, 450 en 1938 et 485 dans le premier semestre de 1939. L’administration coloniale essaie de contrôler l’immigration au cours de toute cette époque par des mesures fiscales : augmentation du droit perçu sur les Chinois pour leur entrée et leur installation dans le pays, demande d’un certificat de moralité après 1932. « La vague se termina avec le début de la deuxième guerre mondiale, après laquelle il fut nécessaire d’avoir une autorisation écrite du gouverneur général pour entrer dans la Colonie. »
Le recensement de 1941 donne 3 637 Chinois à Madagascar, l’immigration est surtout limitée aux parents de ceux déjà installés et « les conditions instables en Chine » les encouragent à s’y établir définitivement. « Toute croissance dans la population après la guerre fut ainsi due à la croissance naturelle rendue possible par le fait qu’un bon pourcentage de ceux arrivant par la grande vague de 1937-1939 fut des Chinois : il y eut 4 900 Chinois en 1951, 8 900 en 1961 avant d’arriver en 1967, à 9 203. »

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives de l’Express de Madagascar