Opinions Texto de Ravel

Ne touche pas à mon utérus : ni dupe ni soumise

La « sagesse malgache » dirait aux femmes de se taire et de juste bien s’asseoir dans un coin comme un meuble. Mais voyez-vous, mesdames et messieurs les députés, on n’est ni dupes ni soumises. Les femmes ont trop longtemps eu le second rôle. Les filles sont mal éduquées, n’ont pas le droit à l’enseignement, pas le droit à la terre, à la parole. Sous peine d’être qualifiée de poule…mal léchée ! On aurait été tenté de penser que ce temps est révolu, que maintenant, des femmes peuvent représenter les autres femmes, le peuple. Pour preuve, il y a des dames dans l’hémicycle. Mais vous avez juste fait preuve d’un affront terrible envers notre intelligence, envers nos droits humains : le droit à la vie, le droit à la santé, le droit à la famille, le droit à vie avec un libre arbitre.
Pendant qu’hypocritement vous vous cachez derrière la sagesse malgache, des femmes vont mourir, des enfants naîtront et porteront à vie des handicaps qui ne leur permettront jamais de vivre dignement. Pire, certains enfants porteront le lourd fardeau d’avoir « tué » leur mère au moment de naître. C’est peut-être des histoires, pensez-vous, mais derrière chaque mot, il existe des vérités, des histoires, des êtres humains que vous occultez royalement.
De votre piédestal, on vous met donc au parfum. Et on se permet de reprendre quelques mots de l’article d’une consœur. « Certaines maladies, comme la néphropathie, la maladie de marfan, nous obligent de faire sortir le bébé du ventre de sa mère, pour éviter qu’elle perde la vie. Imaginons qu’une femme qui va accoucher de son quatrième enfant fait une hémorragie sévère. Qui allez-vous sauver ? ». Un fœtus peut présenter une malformation grave, un crâne qui est ouvert, un ventre avec une main, des intestins qui ne sont pas à la bonne place et la liste est longue. Car des cas horribles, il n’y en a pas que dans les films. Des femmes vivent des cauchemars. Pendant que vous débattez de titres, de lignes de lois, il y a d’innombrables femmes qui se battent pour rester en vie. Il est difficile de vous demander de vous mettre à leur place car, visiblement, vous ne le pouvez pas. Oui, nous osons le scander car si seulement vous l’avez fait juste un instant, vous saurez que l’avortement thérapeutique est un droit, celui à la vie.
Le mal est fait et on ne pense pas qu’avec la mentalité avec laquelle cette loi a été votée, vous soyez prêts à revenir sur vos pas. Alors, nous réclamons des mesures d’accompagnement. Montrez à quel point vous êtes responsables envers nous, les femmes, qui ne demandent qu’à ce que vous nous représentiez dignement. Sachant qu’à partir de maintenant, vous êtes responsables de l’impuissance des médecins face à ces cas thérapeutiques, il serait normal que les familles puissent porter plainte contre vous pour non-assistance à personne en danger. Puis, que les familles puissent être indemnisées, les enfants qui perdent leurs mères puissent être à vie pris en charge. Que tout enfant naissant avec un handicap grave puisse jouir d’une prise en charge totale à vie. Nous pourrions commencer par mettre en place une crèche et des écoles spécialisées pour ces enfants au sein de l’Assemblée nationale. Vous pourriez vous occuper de ces enfants tous les jours car vous avez décidé de leurs avenirs.
Mais même si vous faites tout cela, il y est une chose que vous ne pourriez jamais redonner à ces enfants, ces familles : une mère. Une mère qui est morte car vous lui avez privé de son droit de vivre. Mesdames et messieurs les députés, ne vous cachez pas derrière la sagesse de nos ancêtres. Si tant soit peu de sagesse vous avez, vous auriez pris le temps d’en discuter. Nos ancêtres ne vous l’auront jamais permis car la vie prime. Mais permissifs comme vous êtes, vous vous permettez même de décider de la mort de nos mères.

Par Mbolatiana Raveloarimisa

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