Editorial Opinions

Gare aux vandales

Est-ce adapté à la mauvaise éducation, le manque de civisme de la population ? C’est la question qui préoccupe l’opinion après l’inauguration de la nouvelle gare routière à Andoha­tapenaka. Le plus important n’est pas de construire des infrastructures mais de savoir les maintenir, les préserver. Les biens publics ne sont pas, hélas, à l’abri des vandales à l’image des éclairages solaires qui longent la route digue et la Rn 1 dépouillés un a un par les malfaiteurs. Il en va de même des panneaux de signalisation routière dont il n’en existe plus aucun dans les rues de la capitale. Sans oublier tout ce qui est fer même les armatures des tombes.
On se demande comment on va gérer ces nouvelles infrastructures pour qu’elles durent et résistent aux actions néfastes des individus ingérables. Le drame est que les malfaiteurs ne sont guère inquiétés. Il est complètement inutile de dépenser beaucoup d’argent pour de tels projets si les principaux bénéficiaires ne sont pas à même de les protéger. Mais tout est à l’image du pays où l’impunité règne en maître.
Les gens ne font que copier l’attitude des dirigeants. Quand l’impunité est de rigueur, il est difficile de remettre la population dans le sens de la marche. Le remblai d’Andohatapenaka a été l’un déclencheurs de la crise de 2009 provoquant la chute de Marc Ravalomanana et pour laquelle il a été condamné pour des travaux forcés à perpétuité. La peine prononcée par le pouvoir de Transition n’a jamais été appliquée et Ravalomanana a pu rentrer au pays de manière rocambolesque en octobre 2014. Un retour entouré de mystère jusqu’à aujourd’hui. L’ancien président s’apprête à s’aligner à l’élection présidentielle en 2018, nonobstant cette épée de Damoclès pendue sur sa
tête. Pour le moment, il est le seul candidat déclaré qui traîne des boulets. Soit on se réclame d’État de droit et on applique les décisions judiciaires quel que soit le statut du condamné, soit on laisse tout le monde faire ce qui lui plaît.
Cette culture d’impunité vicie toute la vie socio-politique. Ce n’est pas le seul cas qui illustre combien la justice est vulnérable et réclame une indépendance qu’elle même ne sait pas s’en servir.
Il faut prendre l’exemple du Rwanda qui a instauré une discipline de fer. Ainsi tout destructeur de bien public va en prison et remplace l’infrastructure qu’il a détruit. Le résultat est tout simplement extraordinaire.
Comme on dit, l’exemple vient d’en haut et il faut sévir si on veut réellement développer le pays. L’impunité constitue le gêne principal de la pauvreté. Il est héréditaire.

Par Sylvain Ranjalahy