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Diana-Sava – Deux clans sakalava réconciliés à Maromokotra

La cérémonie s’est déroulée samedi, près d’Ambilobe, pour mettre fin au conflit qui a séparé depuis des lustres, deux grandes familles sakalava. C’est grâce à des hommes de bonne volonté que cela a pu se faire.

Maromokotra, une commune rurale située à 80 km d’Ambilobe sur la route RN5a. Depuis samedi, deux clans sakalava en conflit ont décidé d’enterrer la hache de guerre. L’un, celui des Anjoaty, est basé dans la localité d’Iharana-Vohémar (région Sava) et l’autre, celui des Antakarana, se trouve dans l’Ankarabe-Mahavavy (région Diana). Un millier de convives se sont rassemblés avec, dans la partie officielle de la cérémonie, la présence des autorités conduites par le Premier ministre Olivier Mahafaly, le président de l’Assemblée nationale, Jean Max Rakotomamonjy, et des personnalités politico-administratives de la province.

Le «Joro», sacrifice de zébu, s’est déroulé au nord du pont Lokia.
Le «Joro», sacrifice de zébu, s’est déroulé au nord du pont Lokia.

On a surtout remarqué les autorités traditionnelles des deux régions conduites par les rois Issa Tsimiaro III et Tsiaraso IV et le président des « Anjoaty » de Vohémar.
C’est grâce à des hommes de bonne volonté et à des responsables étatiques que la
réconciliation a pu se faire et qu’elle  restera comme une référence dans les annales de l’histoire de la province d’Antsiranana, souligne-t-on.
L’histoire remonte à plus de deux cents ans. À l’époque,  une violente altercation a opposé un Anjoaty, originaire de Vohémar, à un Zafimbolafotsy-Antakarana de Mahavavy. Le premier a acheté des zébus dans la  région Mahavavy, chez les Antakarana. Mais l’un de ces derniers l’a maudit et quand il est rentré chez lui, à Vohémar, il a perdu tout le bétail qu’il venait d’acquérir chez les Zafimbolafotsy. Pour se venger, l’Anjoaty a aussi maudit les descendants de ceux-ci disant que, d’ores et déjà, tous les originaires de  la région occidentale n’auront plus la possibilité de venir à Vohémar. C’est par ces malédictions réciproques qu’est ainsi née la discorde entre les deux clans de l’Ouest et de l’Est.

Tsimiaro III d’Ambilobe, Tsiaraso IV d’Ambanja et le sacrificateur Jaosily d’Anjoaty entourés des convives.
Tsimiaro III d’Ambilobe, Tsiaraso IV d’Ambanja et le sacrificateur Jaosily d’Anjoaty entourés des convives.

Ainsi, pendant plus de deux siècles, les relations entre les deux grandes familles sont restées froides, bien que toutes deux soient membres à part entière du peuple Sakalava. « Ce sont tous des Sakalava, juste séparés par la géographie », affirme le père Jaovelo, historien, présent à la cérémonie rituelle. Il a souligné qu’il n’y a aucune place pour la discorde et la mésentente entre les deux camps.
Si le rituel s’est déroulé sur le pont Lokia, à Maromokotra, la cérémonie officielle a rassemblé toute l’assistance et les autorités   devant le bureau de la commune. Tous les intervenants ont parlé de l’importance de l’événement lié à la réhabilitation de la route RN5a et le développement des deux régions, Sava et Diana. « Ce  n’est plus de la démagogie,  les travaux commenceront en mai et l’appel d’offres sera lancé en début d’année », a promis le chef du gouvernement.

Le viaduc Lokia à Maromokotra, entre la Diana et la Sava, ainsi que la voiture  et le zébu qui le traversent est très significatif car c’est le pont qui relie  les deux régions.
Le viaduc Lokia à Maromokotra, entre la Diana et la Sava, ainsi que la voiture
et le zébu qui le traversent est très significatif car c’est le pont qui relie les deux régions.

Le pont Lokia, un grand symbole

La cérémonie rituelle a été initiée par les anciens regroupés au sein du comité d’organisation. Tout a débuté par la préparation de la boisson ancestrale, la veille du grand jour. Plus exactement par la cuisson du miel nécessaire à la demande de bénédiction de Zagnahary, le samedi, durant la réconciliation des Antakarana d’Ankarabe-Ambilobe, appelés « Zafimbolafotsy » (enfants de l’argent) et les Anjoaty d’Iharana (Vohémar). « Nous avons réconcilié les deux entités de façon à ce que les zébus jadis achetés puissent se multiplier dans la région de Vohémar et vice-versa, et que la route qui relie Ambilobe à Vohémar (la RN5a) soit reconstruite », explique le « Mpijoro » (sacrificateur) Jaosily.
Là où le zébu au front clair devra être sacrifié, un drapeau blanc qui symbolise la royauté, a été levé. Le rite s’est déroulé en présence des rois sakalava, notamment Issa Tsimiaro III d’Ambilobe, Tsiaraso IV d’Ambanja et Jaosily d’Anjoaty, ainsi que le président du clan Anjoaty. La cérémonie a débuté avec des prières incantatoires adressées à l’Être Suprême, aux ancêtres et à la terre.
Ce rituel s’est déroulé sur le plateau au nord du pont Lokia, situé à l’ouest du village de Maromokotra, car il établit le lien entre les deux districts. Par la suite, toute l’assistance est montée sur le viaduc pour le traverser. Arrivée au milieu, elle a évoqué l’esprit de la terre et ceux des eaux. Puis, elle a poursuivi son chemin, suivant le zébu qui symbolise le commerce renoué entre les deux clans et pour briser la malédiction. Une voiture a suivi le zébu pour signifier que, désormais, le lien entre les deux Sakalava est établi.

MAG5Œufs de zébus trouvés par illumination

La cérémonie traditionnelle de réconciliation entre les deux clans sakalava, d’Ambilobe et de Vohémar, a utilisé des « œufs de zébus », ce qui se voit très rarement. « D’ailleurs, c’est un secret car c’est  un don qui vient d’en haut », explique Jaojomany, le chef des sacrificateurs dans la région d’Iharana. Selon lui, on ne trouve pas de ces œufs n’importe quand ni n’importe comment, sauf dans des circonstances importantes comme ici, la réconciliation des deux « foko ». Selon la croyance, l’apparition de ces deux œufs, sortis du museau d’un ou de deux zébus, signifie une bénédiction ancestrale que les deux parties doivent prendre en considération. Et selon les explications fournies, « ces œufs, durs comme des cailloux, ont été retrouvés grâce à une illumination des mpijoro ».
Ils ont été transportés dans deux récipients taillés dans des citrouilles, jusqu’au plateau où a eu lieu la cérémonie rituelle. « Les Sakalava ne doivent pas utiliser n’importe quel récipient car c’est une bénédiction divine », a encore expliqué le père Jaovelo qui est historien. Les deux récipients ont  été portés par un enfant « dont le père et la mère sont vivants ». Il s’est mis devant le zébu et la voiture.

Textes et photos : Raheriniaina

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