L'Express de Madagascar

Les points sensibles d’une élection crédible

1. La liste électorale. De 7.800.000 électeurs en 2013, les inscrits à la liste électorale sont, en 2018, aux alentours de 10 millions. Après un audit interne, la CENI a reconnu l’existence de doublons et a eu l’honnêteté d’ouvrir le fichier électoral à un audit externe avec la Francophonie et la société civile. Un statisticien démographe m’a dit qu’à Madagascar, il est plus facile de recenser le nombre des zébus que le nombre des Malgaches. Mais au-delà des aléatoires du recensement, l’élaboration de la liste électorale se heurte au problème crucial de la carte d’identité. Toujours est-il qu’il est fondamental que le fichier électoral soit au-delà de tout soupçon.

2. Les bureaux de vote. Pour l’élection présidentielle de 2018, les bureaux de vote vont passer de 20.000 à 25.00, soit une augmentation de 5.000. D’un côté, on peut se féliciter de ce que les bureaux de vote se rapprochent des électeurs. La CENI a l’obligation de porter à la connaissance du public l’adresse exacte de tous les bureaux de vote, installés en dehors des bâtiments militaires, des maisons privées ou des édifices religieux. Si la localisation de tous les bureaux de vote est connue du public, il n’y aura aucune raison d’entretenir des doutes autour des bureaux fictifs et des bourrages des urnes. D’un autre côté, on se demande quelle sera la qualité des membres des bureaux de vote. En effet, chaque bureau de vote est dirigé par un président, un vice-président, deux assesseurs et un secrétaire. La CENI pourra-t-elle trouver 125.000 membres de bureau de vote dont la compétence et la neutralité seront garanties ?

3. Le remplissage des PV. Après la fermeture du scrutin, les membres du bureau de vote passent à l’opération de dépouillement, de comptage des voix et du remplissage des procès-verbaux (PV). Si la compétence et la neutralité des membres du bureau de vote ne sont pas garanties, la CENI laissera la porte ouverte au mauvais remplissage des PV, motif d’annulation des voix dans les bureaux de vote. Avec la nouvelle loi sur le régime général des élections, la responsabilité des membres de bureau de vote pour garantir le verdict des urnes se voit augmentée. Ils doivent, « dans un délai prévu », assurer le transfert des PV au SRMV installé au chef lieu du District.
La nouvelle loi stipule que : « si pour des raisons majeures, les résultats d’un ou de plusieurs bureaux de vote n’ont pas pu lui être acheminés dans un délai prévu, le SRMV dresse un procès-verbal de carence ». En d’autres termes, la HCC en travaillant sur les documents transmis par le SRMV, annule les résultats des bureaux de vote là où les PV sont mal remplis ou ne sont pas transmis à temps au SRMV. Pour mémoire, dans les élections antérieures, 400.000 à 500.000 électeurs qui ont normalement voté ont perdu leur voix de cette manière. Par ce jeu d’annulation des PV des bureaux de vote ici ou là, comme le score électoral devient de plus en plus serré, il est évident que le verdict des urnes peut être totalement modifié. Notons que jusqu’à présent, aucun responsable de ce genre de détournement de vote n’a été sanctionné.

4. La reconnaissance du résultat de l’élection. Il revient à la CENI d’annoncer les résultats provisoires et à la HCC d’annoncer officiellement les résultats définitifs. La CENI devrait trouver le moyen d’annoncer le plus vite possible les résultats bureau de vote par bureau de vote. Depuis la mise en place de la CENI, le budget de l’organisation des élections a été au moins multiplié par vingt. Cette augmentation budgétaire devrait rejaillir sur l’amélioration et la modernisation de la gestion électorale dans tous les secteurs du processus électoral. Pour que l’élection soit crédible et acceptée par tous, la reconnaissance des résultats doit avant tout venir des candidats battus. À Madagascar, cela ne s’est produit qu’une seule fois en mars 1993. L’Amiral Didier Ratsiraka avait alors reconnu sa défaite et salué la victoire du Pr Albert Zafy. La reconnaissance interne précède la reconnaissance internationale, et non l’inverse.

par André Rasolo