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Hydrocarbures – Dirty diesel – Des chiffres à vous glacer le sang

Taux de soufre dans les échantillons de diesel, par société de négoce (ppm).

Il semblerait que le sort de l’Afrique soit celui de l’éternel dépotoir : dépotoir de vêtements usés, de médicaments, et même de carburants bas de gamme. Alors que le prix du gasoil et de l’essence ne cesse d’augmenter, un rapport de la police environnementale des Pays-Bas sur le « dirty diesel » confirme une étude publiée par l’organisation non gouvernementale suisse Public Eye en 2016, montrant que les carburants toxiques se répandent partout en Afrique.

Taux de soufre dans les échantillons de diesel, par société de négoce (ppm).
Limites moyennes de soufre pour le diesel dans différentes régions en 2015.

Des chiffres qui font peur. Les carburants qui se retrou-vent en Afrique auraient près de quatre cents fois plus de soufre que la limite admise en Europe et aux États-Unis. Les pays les plus vulnérables sont le Mali, le Sénégal et la Zambie, mais on ne peut occulter le fait que ce « carburant sale » se déverse un peu partout en Afrique de l’Ouest, et sur tout le continent. D’autres chiffres du rapport attestent qu’en 2030, la mort prématurée de trente et un mille personnes en Afrique sera causée par la haute teneur en soufre des carburants.

Le rapport nous montre que les négociants suisses sont les principaux mastodontes de cette pratique. Ils utilisent délibérément dans leur business model des carburants de moindre qualité pour un maximum de profit. Ils profitent de l’inexistence des normes dans ces pays africains pour leur pratique. Ils font même référence à la « qualité africaine » qui se traduit par ce qu’on appelle communément « blending ».

Il s’agit de produits pétroliers « intermédiaires » avec un haut niveau de soufre, mais aussi de substances toxiques comme le benzène et autres. Le blending est une pratique tout à fait légale, mais il n’en reste pas moins nocif s’il est utilisé abusivement, notamment lorsqu’il s’agit du « blend-dumping ».

Mesures décisives
Pour pallier cette situation, le rapport de Public Eye préconise que quatre différents acteurs doivent prendre des mesures décisives. À commencer par les gouvernements africains qui ont l’obligation de renforcer leurs normes et leurs standards pour l’essence et le gasoil. Ils doivent être stricts sur ces derniers produits pour éviter que les compagnies pétrolières, avides de profit, déversent leur mauvais carburant sur le continent.

Ensuite, les négociateurs suisses qui sont les plus pointés du doigt dans cette étude, doivent « avouer que s’ils ne changent pas leur pratique, ils vont tuer de plus en plus de personnes sur le continent, et ils doivent immédiatement produire et vendre aux pays africains les seuls carburants qui rejoignent les standards européens ».
En outre, les pays qui exportent du carburant en Afrique tels que les Pays-Bas, la Belgique ou la Côte du Golfe aux États-Unis, devraient prohiber la vente de ces produits toxiques qu’eux-mêmes n’utiliseraient pas dans leur propre pays.

Et enfin, le gouvernement suisse devrait mettre en œuvre des enquêtes et une « due diligence » obligatoire pour les compagnies suisses en matière de Droits humain et environnemental, sur toute leur chaîne de valeur.
Bien que cette étude porte sur la partie occidentale du continent, les risques pour les pays insulaires tels que Madagascar, ne sont pas à écarter. Il y a fort à parier que les carburants qui se retrouvent dans la Grande Île ont cette « qualité africaine » car les normes et les standards font encore défaut. Devant ce coût- déjà élevé du Sans Plomb et du gazole selon les consommateurs- payé pour cette moindre qualité, on n’ose imaginer le prix des carburants à faible teneur en soufre et moins polluant. Mais ni l’environnement ni la santé n’ont de prix.

Page réalisée en collaboration avec le GRE.
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