Chronique de Vanf

Nous en reprenons pour vingt ans !

«Le Camerounais Samuel Umtiti donne le ballon à l’Angolais Blaise Matuidi, l’Angolais fait la passe au Togolais Corentin Tolisso, le Togolais le détourne au Malien Ngolo Kante, le Malien transmet au Camerounais M’Bappé, qui donne le ballon au Malien Dembélé, dribble du Malien et passe décisive au Guinéen Paul Pogba et…buuuttt pour la France ! ».
Cette caricature circulait sur les réseaux sociaux pour moquer cette équipe de France composée essentiellement de joueurs issus de l’immigration africaine. Je devais être le seul, mais j’avais oublié l’heure de la finale de cette Coupe du monde 2018 : du coup, je n’en ai vu que les cinq dernières minutes sur une chaîne camerounaise (disponible sur le bouquet Parabole Madagascar). Les commentaires camerounais faisaient allusion au fameux «lien historique» entre la France et le Cameroun et, au-delà, à plusieurs pays anciennement colonisés.
La veille, à la journée du 14 juillet, j’avais déjà pu entendre évoquer ce «lien historique», cette fois entre Madagascar et la France. Sauf que la France du sport m’est particulièrement pénible. Le sport en général, et le football en particulier, étant devenu une actualité permanente du village planétaire ; et notre fenêtre médiatique sur ledit village planétaire étant la lucarne de France Télévision ; le plus petit exploit français, la moindre médaille française, nous est conté par le menu détail chauvin. Si un athlète ou un pilote ou un nageur ou un quelconque sportif français montait sur la troisième marche d’un podium, il est à craindre que le nom du vainqueur soit simplement oublié par le journaliste gaulois.
Sur les chaînes camerounaises de tantôt (CRTV et Canal 2 international), les commentaires en français et en anglais imbriqués m’ont appris le prénom du père de Kylian M’Bappé et leur village au Cameroun. De là à ce que certains, pourtant prompts à dénoncer les manigances politiques et économiques supposées ou réelles de la FrançAfrique, fassent de cette victoire de la France un triomphe pour ses Africains…
Si la bande à Modric avait mieux joué le coup en finale, si la Belgique n’avait pas gâché sa demi-finale, si les autres favoris avaient été à la hauteur, si, si, si : nous l’aurions échappé belle. Hélas.
En 1998, la France, emmenée par un Zinédine Zidane cependant moins brillant qu’à la Coupe du Monde 2006, devenait championne du monde. Le cri de triomphe du tandem Jean-Michel Larqué et Thierry Roland allait trouver écho pendant vingt longues années. Juste avant cette Coupe du monde 2018, les documentaires se multipliaient pour raviver la flamme de 1998. Il est à craindre qu’après vingt ans de cocorico zidanien, les Radios France et France Télévisions nous matraquent de cocorico m’bappien. Jusqu’en 2038.

2 commentaires

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  • Une provocation totalement gratuite et surtout déplacée de la part d’une personne rappelant fréquemment ses années d’étude dans le pays qu’il s’est échiné à condamner dans cette chronique nauséabonde. Il eût été bien plus élégant d’émettre certaines critiques sur le ton de l’ironie, la vraie..

  • merci pour cette excellente analyse qui avec beaucoup de tact, met en valeur un certain malaise vis à vis de cette coupe du monde. Il pose la question des relations entre les origines au sein d’une même population (encore une fois), fait écho à la vague brune émergente dans toute l’Europe et fait référence au mépris vis à vis des milliers d’hommes femmes et enfants migrants en méditerranée et rejetés des côtes italiennes et françaises. Une vie représente moins qu’une coupe. C’est un choix de civilisation. C’est la maladresse d’une nation gauloise trop sûre d’elle. C’est l’éléphant du modèle hégémonique de Macron dans ce magasin si fragile qu’est devenue notre planète.