L'Express de Madagascar

Bienvenue à Sainte-Anne

Le soleil tape déjà à la fenêtre pour nous inviter à avoir assez de courage et d’aller sortir se promener dans un calme presque parfait. Il est bien quatre heures trente du matin et le petit village est baigné par les premières lueurs du jour. Un coup d’œil par la fenêtre : tout est calme, pas un chat dehors, juste quelques écureuils qui gambadent tels de petits anges jouant avec les nuages du ciel. Aujourd’hui il fait très beau à en oublier que la montre n’affiche que cinq heures.

Sainte-Anne dort encore. C’est simplement formidable de la voir encore blottit dans ce sommeil tel un petit enfant au petit matin. Et puis, ce lac si grand au point de ne pas en voir l’autre rive, si paisible et si sauvage. Seuls ces yachts viennent nous rappeler l’empreinte de l’être humain sur cette beauté divine. Quelques pas dans le village, des sentiments bizarres viennent titiller notre esprit. Pourquoi cette impression de vide ? Qu’est-ce qu’il y a d’aussi évident mais qui nous échappe pour être autant dérouté ? On cherche, on essaie de remuer nos méninges tout en marchant sur ces trottoirs qui serpentent le village sous ces grands arbres et aux sons des oiseaux qui se réveillent également.

D’un bond, on s’arrête brusquement avec un grand sourire jusqu’aux oreilles, comme un gamin qui, au petit matin, vient découvrir les cadeaux que le père Noël a glissés sous le sapin. Euréka ! J’ai trouvé. Depuis les quelques kilomètres de marche, il n’y avait aucune clôture. Les maisons sont libres ! On pouvait presque voir ce qui se passe dans le salon. Pas même de petites clôtures, aucune grille de « protection ». Les voitures sont laissées dans la petite allée devant la maison.

Un fait est la source d’où jaillit ce sentiment de vide : la simplicité. Il paraît que ce village est le havre de paix de gens très fortunés. Alors que si on regarde la taille des maisons, on les qualifierait plutôt de « maisonnettes ». Comme un conte de fées, une maisonnette bordée d’un tapis vert de gazon et décorée par de multiples ornements floraux. On ne pouvait pas s’empêcher d’une manière inconsciente de s’arrêter et de toucher à cette carpette de verdure pour bien vérifier que c’est bel et bien du vrai ! Tel un enfant qui découvre pour la première fois la barbe à papa, les yeux émerveillés et un visage totalement transcendant, on s’approche petit à petit, les mains en avant pour essayer de toucher ces fleurs qu’on n’a jamais vues de notre vie ! Du vrai ou du faux ? On n’ose qu’effleurer délicatement. C’est du vrai, avec l’odeur sucrée qui vient avec.

Correcteur d’orthographe et de grammaire français
Sainte-Anne est déroutante pour quelqu’un qui a été élevé dans un bain de conceptions sociales qui, nous le pensons, est finalement très dommageable. Ces idées reçues qui ne sont pourtant pas, culturellement et humainement, les nôtres auparavant. Le « nous » ici fait référence aux Africains que nous sommes. Pour nous, le riche doit impérativement vivre dans un domaine de plusieurs hectares, une maison aussi grande qu’un palais (peu importe le confort et la logique de l’utilisation de l’espace qu’il y a dedans), protégée par des murs immenses avec des barbelés électriques, des molosses et une sécurité privée. Le riche vit en autarcie, totalement coupé de l’autre être humain qui est son voisin ou un simple passant.

Il est vingt et une heures mais le soleil est toujours là comme s’il ne voulait pas se séparer de la belle Sainte-Anne. Ce n’est que vers vingt et une heures trente que le village plonge petit à petit dans le noir. Un nouveau spectacle s’offre aux yeux de ceux qui aiment la découverte de l’autre et de la nature.