Magazine

Pollution – Combustible alternatif – Pour une filière éthanol responsable

L’augmentation de la population citadine entraîne une importante hausse de la demande en charbon. Ce qui constitue une menace environnementale permanente en raison du phénomène de déforestation. Une solution d’urgence s’impose.Encore aujourd’hui, plus de 95% des ménages utilisent le bois énergie. Le charbon est particulièrement consommé par les ménages urbains. Depuis au moins quinze ans, la filière éthanol combustible est promue à Madagascar. Ce produit est, en effet, considéré comme un combustible alternatif au bois énergie (bois de chauffe et charbon de bois) utilisé pour la cuisson.
Malheureusement, malgré les nombreuses initiatives entreprises par les promoteurs du secteur privé, ainsi que la mise en place d’un programme national et l’élaboration d’un cadre réglementaire sur l’éthanol combustible, la majorité des intentions est restée au stade de projet, ou pour certaines en pleine procédure pour obtenir l’autorisation d’exercice. À l’heure actuelle, deux entreprises peuvent commercialiser légalement l’éthanol combustible, mais à une modeste échelle, alors que la plateforme des acteurs dans cette filière Angovo Maneva enregistre plus de deux cents membres, producteurs et transformateurs confondus.
Un opérateur interviewé avance que les investisseurs dans la chaîne de transformation et de distribution sont prêts et demandent à l’État de clarifier et faciliter la procédure en vue de l’obtention de l’autorisation pour la production et la commercialisation de l’éthanol combustible. Les usines sont prêtes à être installées, la réglementation sur l’éthanol domestique est déjà en vigueur, et les foyers à éthanol sont disponibles. Généralement, un hectare de cannes à sucre pourrait produire 3m3 d’éthanol.
Les paysans producteurs de cannes à sucre rejoignent également ce point de vue. « Nous sommes prêts à investir dans la culture de la canne et à la livrer aux industriels de l’éthanol combustible. Nous avons été sensibilisés depuis au moins cinq ans, mais nous attendons toujours la suite », indique Rakotoson, un producteur résidant à Brickaville. D’autres planteurs rencontrés renchérissent en affirmant que « si les transformateurs ne bougent pas encore, nous ne pouvons pas prendre le risque d’investir dans une culture à grande échelle ».
À quoi les industriels ripostent : « Sans l’existence d’une production locale de matières premières, nous sommes tentés d’importer dans un premier temps afin de faire connaitre les produits et de satisfaire déjà les consommateurs qui sont déjà convaincus par l’éthanol combustible».

Une mère de famille heureuse d’utiliser de l’éthanol comme combustible
car c’est à la fois économique et peu polluant.

Maladies respiratoires
Seheno, mère de famille d’Antananarivo, dispose déjà d’un foyer à éthanol et a testé l’utilisation d’éthanol domestique pour la cuisson. Elle regrette que cette expérience ne se soit pas poursuivie car elle ne trouve plus d’éthanol combustible auprès de son distributeur habituel. « J’ai trouvé beaucoup d’avantages à utiliser l’éthanol domestique », témoigne-t-elle. « Ma cuisine est propre, il n’y a pas cette fumée noire qui, non seulement, pollue la maison, mais affecte aussi notre santé. J’ai consommé un litre par jour pour assurer la cuisson de chaque repas familial. »
Une étude a montré que la fumée dégagée par le bois de chauffe cause des maladies respiratoires graves, avec un taux de mortalité élevé.
Le développement de la filière éthanol combustible peut être bénéfique dans la Grande île. Sur le plan économique, tous les acteurs peuvent en bénéficier car les paysans obtiennent des revenus supplémentaires, des emplois sont créés au niveau des plantations, des usines et dans le circuit de distribution avec la mise en place d’un tissu économique et une chaîne d’opérateurs de toute taille dans la production, la transformation, la commercialisation de l’éthanol combustible.
On y ajoutera des acteurs qui se spécialiseront dans la fourniture d’intrants, la fabrication des usines de production d’éthanol combustible et de foyers à éthanol. La filière aura une importante demande en matière de compétence dans des domaines variés : agronomie, industrie de transformation, commerce, énergéticiens, chimistes, ingénierie des métaux, gestion, droit… Par ailleurs, la pression sur l’environnement sera réduite avec la baisse de la déforestation et contribue à la réduction du gaz à effet de serre (GES). De ce fait, les activités dans la filière peuvent prétendre au crédit carbone.
En considérant l’expérience dans les ménages rencontrés, satisfaire les besoins d’environ 2% d’entre eux soit cent mille utilisateurs, nécessiterait une production de 40 000 m3 d’éthanol combustible, sur 13 600 ha de cannes à sucre si cette plante est prise comme référence. Si l’on s’en tient à de petites entreprises et petites exploitations, une chaîne d’approvisionnement en éthanol combustible pour atteindre une telle production impliquera dix mille planteurs, cent unités de production pouvant employer jusqu’à quatre cents personnes.

Un alambic pour distiller la canne à sucre.
La cueillette de la canne à sucre sur une grande plantation.

 

 

 


Evolution du nombre des ménages urbains utilisant l’éthanol

Année 2020 2030 2050
Estimation du nombre de ménages total 5 599 053 7 308 345 12 725 853
Objectif en % ménages urbains adoptant éthanol 2% 5% 8%
Nombre de ménages ayant recours à l’éthanol 111 981 365 417 1 018 068
Demande en éthanol (m3) 40 873 133 377 371 595
Surface de cannes à sucre (ha) si canne à sucre est la référence 13 624 44 459 123 865

Source : GRE 2014

A Antsirabe, se trouve une usine agréée pour exploiter l’éthanol.

Malgré ces opportunités et avantages, il est important que des balises soient établies afin d’éviter un développement anarchique de la filière.
Au vu des expériences du bioéthanol dans d’autres pays, les spécialistes mettent en garde tous les acteurs publics (politiques, techniciens), privés (investisseurs, financiers, techniciens,…) et les consommateurs contre un enthousiasme excessif qui peut finalement nuire à la filière et faire perdre tous ces avantages annoncés.
Ainsi, il est très important que le développement de la filière éthanol combustible ne compromette pas les efforts pour assurer la sécurité alimentaire à Madagascar. Ceci commence ainsi par un choix judicieux des plantes à transformer en éthanol combustible. À côté de la canne, d’autres plantes peuvent faire l’objet de production d’éthanol, telles que le manioc, le maïs, les autres plantes amylacées (patate douce…) et même le riz. Un accord sur les plantes à transformer doit être établi en limitant l’utilisation des celles à vocations alimentaires vers l’éthanol. En second lieu, il importe de bien limiter les terrains destinés à la culture de ceux pour la production d’éthanol. Le défrichement de la forêt devra être interdit et les surfaces déjà dédiées à l’agriculture vivrière ne doivent plus être converties pour la production d’éthanol ou autre produits non alimentaires.
En outre, la technologie de transformation, les foyers à éthanol et l’éthanol combustible doivent d’être normés de manière à avoir des produits de qualité qui respectent la santé et donnant un bon rendement énergétique à la combustion au niveau des consommateurs.
Enfin, la commercialisation de l’éthanol combustible devra être bien balisée pour qu’elle ne soit pas dirigée vers le circuit de l’alcool de bouche.
Le rôle de l’État dans la régulation de cette filière est ainsi très important, selon les personnes averties. Les débats politiques, juridiques et techniques autour d’elle se doivent d’intégrer l’ensemble de ces paramètres. Actuellement, un responsable du ministère de l’Énergie avance que la loi sur la bioénergie est en cours de finalisation et va compléter la réglementation sur l’éthanol combustible en vigueur, en mettant les balises mentionnées plus haut et en instituant également un organe de régulation pour assurer l’existence d’une concurrence saine et loyale dans le secteur et protéger les consommateurs.

Page réalisée en collaboration avec le GRE.
¨Photos : Archives l’Express de Madagascar
Contact: gre@gre.mg
Site : www.gre.mg
Facebook : https://www.facebook.com/Groupe-de-Réflexion-sur-lEnergie-GRE