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Rencontre du film court – « Basy Gasy » fait danser Buster Keaton

Dans la soirée du samedi, le collectif Basy Gasy a tenu à relever le défi d’illustrer à travers sa musique urbaine trois grands classiques du cinéma américain. Pari osé, mais pari tenu.

Simple, mais efficace, tout en étant surprenant d’authenticité. C’est ainsi que se décrit la prestation du collectif Basy Gasy ce samedi, lors du ciné-concert qu’il a animé dans le cadre de cette 13ème édition des Rencontres du film-court (RFC). Redécouvrir autrement, à travers une touche d’innovation, le concept même du ciné-concert, telle est l’essence même du spectacle que Basy Gasy, très apprécié dans le milieu de la musique urbaine, a tenu à présenter à l’Institut français de Madagascar (IFM) Analakely.
Un spectacle, qui, fort du charisme de ce collectif d’artistes urbains, a su attirer la curiosité de bon nombre de spectateurs pour l’occasion. C’est vers 19h que les premières notes s’élancent, sous des lumières tamisées, les membres du collectif rentrent en scène. Tsiry Kely au platine, au beatbox et au cajón, accompagné de Niry au clavier, se chargent de lancer la musique d’un côté. Tandis que de l’autre, Lova Zen, Bolo, Box, Kaz, Njara, Seba et la slameuse Ria scandent tour à tour leur texte. Au milieu, trône l’écran sur lequel sont projetées trois œuvres mythiques du cinéma américain, réalisées par Buster Keaton et de Rosco Arbuckle. Associant la projection des films à leur sonorité hip hop, Basy Gasy chante alors le patriotisme et la fraternité malgache sous toutes leurs formes.
« Malec chez les Indiens » ouvre le bal, racontant l’histoire d’un jeune visage pâle maladroit et espiègle, qui rencontre une tribu indienne tentant de préserver ses terres contre la rapacité d’une compagnie pétrolière. De quoi amplement inspirer Basy Gasy, qui illustre alors avec vivacité le récit du film à travers son nouveau morceau « Tanindrazana ».

Un exercice inédit
Éveiller un sentiment d’appartenance et d’entraide au sein du peuple face à l’oppression, c’est alors principalement le message que le collectif et ses rappeurs chantaient en accompagnant le film. S’ensuit le film « Fatty Bistro », qui, sous ses allures de western spaghetti, raconte la rencontre de Fatty le vagabond et Buster, patron de bar et shérif d’une petite bourgade de l’Ouest américain. Pour cette fois, Basy Gasy se plait à valoriser ces devoirs citoyens que l’on se doit de réaliser au sein de notre société.
Plus une critique et une satyre de la société de consommation en soi, le film « Fatty Cook » clôt la soirée. L’occasion pour le collectif de se laisser aller en affichant surtout ce côté taquin, qu’on lui reconnaît aussi. Le fait est que durant les précédents films, on a eu du mal à trouver, à certains moments, le raccord entre les textes scandés et les scènes du film. Avec « Fatty Cook », une scène de danse entre Buster et Fatty aura particulièrement retenu l’attention de l’audience, surtout quand Bolo de Basy Gasy l’accompagne de sa fameuse « Danse du briquet », suivie d’une louange à un poulet rôti dans la même scène. Contextualiser les scénarios de trois films américains à travers les méandres de la société malgache en rap n’étaient pas une mince affaire.

Andry Patrick Rakotondrazaka