Notes du passé

D’antiques pièces d’or découvertes dans la Grande île

«Madagascar n’a vu se développer les échanges que tardivement en raison de son caractère insulaire et de son éloignement des grandes voies commerciales du monde » (Juliette Ratsimandrava, alors conservateur de la Bibliothèque nationale, Bulletin de Madagascar, juin 1965). Néanmoins, c’est grâce aux monnaies que se tissent progressivement des liens de plus en plus étroits.

C’est sur la côte Ouest, près de Mahajanga, qu’a été découverte la plus ancienne pièce de monnaie frappée à l’effigie de l’empereur romain Constantin, mais « elle ne semble pas avoir eu cours dans notre pays (…) les données qui la concernent sont fort vagues ». D’autres pièces de monnaie sont découvertes à la même époque, toujours à Mahajanga, mais dans une partie de la ville aujourd’hui immergées sous la mer. « Elles étaient tellement oxydées que l’identification n’a pu en être faite » (Delhorbe).

Juliette Ratsimandrava cite par la suite d’autres trouvailles. En 1897, des fouilles sont entreprises par Meurs sur le bord de la Lokoho, au Nord-est, non loin des ruines de Mahanara. Elles mettent à jour un vase de terre contenant des pièces de monnaie en or aux inscriptions arabes, qui sont datées de l’époque des califes fatimites d’Égypte. D’après Grandidier, « ces pièces d’or seraient des imitations de pièces frappées, sous les 5e et 8e califes, par les Zafin-dRaminia qui ont régné sur nos côtes au XIIe siècle ».

Deux pièces de monnaie analogues sont découvertes entre les mâchoires d’un cadavre en 1941 par la « Mission Rasikajy », dirigée par Gaudebout et Vernier, dans la vaste nécropole de Vohémar. « Celle-ci aurait appartenu à la tribu des Rasikajy, aujourd’hui disparue, mais qui a laissé dans cette partie septentrionale de Madagasca,r les traces d’une civilisation fort intéressante. » Cependant, elle est encore mal connue.

Selon un spécialiste du cabinet des Médailles de Paris consulté, « la petite est une fatimite d’Égypte des Xe et XIIe siècles. Les inscriptions signifient :»Il n’y a de Dieu que Dieu. Il n’y en a pas de semblable à Lui.’ Le reste est illisible. ‘Mohamed est l’envoyé de Dieu. «Le lieu de frappe et la date sont illisibles ».

Dans certains rites sakalava du Nord-ouest, se retrouve encore la coutume qui consiste à introduire une pièce de monnaie dans la bouche d’un mort. Pourtant, selon Juliette Ratsimandrava, la découverte de ces pièces de monnaie marque surtout l’existence de relations durables entre les Arabes et la population de cette région depuis les temps anciens.

Enfin, parmi les pièces de monnaie les plus anciennes connues- mais moins que les précédentes-, il y a les piastres espagnoles frappées à l’effigie de Philippe II (1556-1598) et portant la Croix d’Espagne. Au contour irrégulier, elles se présentent percées de trous et montées en collier ou en bracelet, comme celles exposées au Musée du Palais de la Reine avant l’incendie du bâtiment. Elles semblent avoir été introduites en échange d’esclaves recherchés par les navigateurs portugais, hollandais. « Mais ce qui semble davantage probable, c’est qu’elles ont été apportées par tous ceux qui ont échoué sur les côtes malgaches à partir du XVIe siècle, poussés par la tempête ou par le besoin de trouver du ravitaillement. »

Ces pièces exposées à Manjakamiadana sont découvertes dans les tombeaux des anciens rois de l’intérieur du pays. Pendant longtemps, les richesses d’un personnage qui vient à mourir, sont ensevelies en même temps que lui dans sa tombe. Comme le décrit le père Callet dans son « Tantara ny Andriana eto Madagascar », « on faisait du tombeau le lieu où l’on conservait l’argent et les richesses : les bouteilles, les grandes chaînes en argent, les bracelets… quand venait la gêne, alors on faisait la demande aux ancêtres, leur disant qu’on allait prendre l’argent avec les richesses déposées là, chez eux. Et alors, en ce cas, quand on ouvre le tombeau… c’est à ce moment-là qu’on peut en prendre ».

Texte : Pela Ravalitera – Photo: Archives personnelles