Faits divers

Traite de travailleuses – Une employée revient d’Arabie Saoudite méconnaissable

C’est dans un état à fendre le cœur qu’une trentenaire a retrouvé le pays. Elle n’est qu’une victime parmi tant d’autres du trafic de travailleuses. L’épave d’une jeune Malgache de 30 ans a été accueillie à l’aéro­port international d’Ivato le mardi 8 mai, après un long calvaire passé au Moyen Orient. C’est avec une mine morbide, des cheveux enchevêtrés, des vêtements sales et débraillés, les pieds nus aux ongles et orteils incrustés de crottes de saleté que la trentenaire a retrouvé Madagascar après une année de servitude domestique en Arabie Saoudite. Le cauchemar qu’elle y a vécu a également eu raison de son système cérébral au point de perturber le fonctionnement de ses appareils moteurs l’emprisonnant dans une mobilité réduite. Un bref constat effectué à son arrivée a de surcroît révélé un état psychotique.
Originaire de Manakara, la victime habitait à Tsara­masay avant qu’elle ne se lance en 2017 dans le périple hasardeux des travailleuses domestiques au Moyen Orient. Malgré le gel depuis 2013 de l’immigration ouvrière vers les pays à risque du Moyen Orient et de l’Asie, à l’instar du le Liban, de l’Arabie Saoudite, du Koweït, de la Chine…des réseaux opérant dans la traite de travailleuses, dissimulés, derrière des agences de placement, semblent s’adonner à un business criminel tournant à plein régime, au nez et à la barde des autorités censées pourtant contrecarrer de pareilles pratiques, foulant au pied la dignité de la personne ainsi que les droits de l’homme.

Complicités
Des complicités à plusieurs niveaux, impliquant différents maillons, commencent à se faire dénoncer face à ce fléau qui perdure. Pour preuve, une centaine de travailleuses malgaches, ayant fui les maisons de leurs patrons respectifs pour atrocité et maltraitance, ont fait des locaux d’une ambassade africaine basée au Koweït un lieu de refuge de fortune, d’où elles ont lancé un appel de détresse vers la fin de l’année 2017 pour rentrer au pays. Malheureusement, les voix qui se sont élevées n’ont pas retenties jusqu’aux autorités malgaches qui semblent être insensibles à leur calvaire. Par des moyens qui laissent pantois, ceux qui tirent les ficelles dans ce juteux trafic de personnes parviennent toujours à leur fin, à croire que les lois, décrets et arrêtés peuvent être transgressés en toute impunité.
La trentenaire rapatriée mardi en raison de son état de santé physique et mentale n’est de ce fait qu’une victime isolée, repêchée pour cas de force majeure parmi une multitude de compatriotes voguant encore dans la galère.

Seth Andriamarohasina