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Sortie de crise – Le gouvernement sur la sellette

Les négociations de sortie de crise à Ankorondrano se poursuivent. En parallèle l’imminence d’un changement ou du moins d’une recomposition du gouvernement se chuchote.

Le dénouement ? Les représentants de Hery Rajaonarimampianina, Marc Ravalomanana, et Andry Rajoelina se sont donné rendez-vous au bureau de liaison de l’Union africaine (UA), pour le troisième round des négociations de sortie de crise, hier.
Une réunion sous la houlette de Joaquim Chissano, émissaire de la Communauté de développement des États d’Afrique austral (Sadc).
Sauf changement, la mise en place d’une nouvelle équipe gouvernementale est le point de jonction des points de vue pour une issue consensuelle à cette querelle politique. Une sortie de crise qui conduira à la présidentielle en novembre. En coulisses, l’imminence d’un remplacement du team Solonan­drasana Olivier Mahafaly, Premier ministre, est annoncée.
Dans les négociations à Ankorondrano, les discussions au sujet du gouvernement porteraient sur le choix entre « changement », et « remaniement » du gouvernement. Le changement pour un « gouvernement de consensus », tiendrait toutefois la route, et aurait déjà l’accord présidentiel.
La mise en place d’une nouvelle équipe gouvernementale n’attendrait plus que « l’accord politique », issu des négociations tripartites d’Ankorondrano, pour être actée.

Point de blocage
L’émissaire de la Sadc devrait quitter Madagascar demain. Le dénouement des tractations devrait en principe intervenir avant son départ. Le fait que contrairement aux deux premières réunions, celle d’hier n’a duré que près de deux heures pourrait être indicatif d’une avancée dans les négociations. Seulement, l’air lessivé qu’ont affiché les parti­cipants au rendez-vous à la sortie, semble témoigner d’une négociation ardue.
Dans son discours au Palais des sports Maha­masina, hier, Hery Rajaona­rimam­pianina, président de la République, a affirmé qu’il fait preuve d’ouverture aux débats dans la quête d’apaisement en vue des élections. Pour garantir la confiance des acteurs dans l’organisation du processus électoral, le chef de l’État indique que « les structures nécessaires seront mises en place au niveau des différentes sphères étatiques ».
Des mots ambigus qui pourraient faire référence aux négociations en cours. Le locataire d’Iavoloha, justement, a ajouté que la mise en place de ces structures devra être à la suite « de discussions autour d’une table ». Il ajoute « j’appelle tous les acteurs concernés. Les discussions doivent, pourtant, se faire de bonne foi et dans le souci de l’intérêt supérieur de la Nation ».
Questionné sur l’éventualité d’un changement de gouvernement suite à un « accord politique » hier, le Premier ministre Mahafaly a une nouvelle fois répliqué qu’il ne compte pas faire de la résistance. « Le plus important est de respecter les lois », ajoute-t-il, toutefois en insistant sur le respect du mandat présidentiel. « Il faut respecter la Constitution et la Haute cour constitutionnelle (HCC). Elle a publié sa décision, maintenant tout le monde devrait se concentrer sur l’organisation des élections », déclare également le locataire de Maha­zoarivo, en marge de la signature d’un protocole d’accord avec la Corée du Sud.
Les conditions mises en avant par les deux chefs de l’Exécutif pourraient concerner le déroulement des manifestations conduites par « les députés pour le changement ». Maître Hanitra Razafima­nantsoa, vice-présidente de l’Assemblée nationale, participe aux négociations pour le camp Ravalomanana et la députée Christine Razana­mahasoa, pour le team Rajoelina, après avoir désavoué publiquement la crédibilité de Joaquim Chissano.
Tandis que les deux meneurs des soixante-treize élus négocient, les discours sur le parvis de l’hôtel de ville se durcissent. Les députés sont poussés par les manifestants impatients à hausser l’intensité du mouvement. Certains n’hésitent pas à les inciter à dépasser le cadre légal. La distance entre les propos durant les réunions et les allocutions à Analakely constitue un point d’entrave au dénouement consensuel des tractations d’Ankorondrano.

Garry Fabrice Ranaivoson