Humeur Opinions

Le silence de leurs fois

Ils sont dans les églises, dans les mosquées, dans les salles de concert et de cinéma revisitées, dans les stades, les terrains vagues, les coins de rues. Ils appellent la foule à grossir les rangs de leurs ouailles, rivalisant de sermons et d’artifices pour intensifier leur mainmise sur la vie quotidienne de la population. Certains s’enhardissent jusqu’à frapper à la porte des gens qu’ils ne connaissent ni d’Eve, ni d’Adam. D’autres se font profession de persécuter ceux qui usent de leur liberté d’esprit pour ne souffrir d’aucune annexion de leurs convictions personnelles. Ils sont si nombreux, ceux là qui parlent beaucoup mais qu’on n’entend jamais.
On ne les entend pas, quand il s’agit de dénoncer cette affreuse escalade de la violence, des vindictes populaires, des lynchages-publics, des attaques à main armée, à Madagascar. Tant de religions qui se targuent de pacifisme, de paix et de respect mutuel mais qui n’interpellent ni les autorités, ni leurs ouailles actuelles et potentielles à revenir vers un chemin respectable. Tellement silencieux devant la délétion des mœurs, tellement inaudibles pour réconcilier les Malgaches à s’unir pour l’apaisement et la paix, alors qu’ils revendiquent les espaces sur nos vies, rien qu’à voir la prolifération de diverses branches de religions dans tout Madagascar.
On aurait aimé un appel vibrant aux autorités à prendre leurs responsabilités face à cette vague de violences monstru­euses. On aurait aimé des prises de position franches pour un Madagascar en paix, puisqu’il ne s’agit pas uniquement de convertir les âmes à quelques préceptes religieux mais d’un passage de la prêche à l’acte. On s’attendait à des condamnations sans équivoque de ces désormais devenues habituelles vindictes populaires, à chaque fois qu’elles se produisent et quelles qu’en soient les circonstances. On ne peut pas briguer les âmes et se taire sur la violence à, laquelle elles ont à faire face chaque jour. On ne peut pas se targuer d’être les réconciliateurs, des traits d’union culturels, sociaux ou spirituels et rester muets devant le déclin d’une population que l’on voudrait pourtant attirer à soi. L’idée n’est pas de prêcher la tolérance uniquement entre soi, mais au-delà des clochers et des minarets, et le faire, chaque fois que cet État qui ne semble pas se faire priorité de rétablir la concorde faille à sa mission.
C’est aussi à cela que devrait servir la foi: non des appareils de cultes, de liturgies – et de prosélytisme pour certains -, mais élever la voix chaque fois que la vie et la concorde sont bafouées sur la place publique. Autrement, s’il ne s’agissait que de convertir pour convertir, les partis politiques le font déjà très bien.

Par Mialisoa Randriamampianina

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