Chronique de Vanf

Mariage de raison

Le numéro trois du Vatican, George Pell, ancien archevêque de Melbourne (1996-2001) et de Sydney (2001-2004), a été condamné ce 13 mars 2019, par le tribunal de Melbourne, à 6 ans de prison pour des faits d’abus sexuels sur mineurs, un crime passible de 50 ans de prison.
Le cardinal, aujourd’hui âgé de 77 ans, avait été nommé par le Pape François dans le conseil des neuf cardinaux chargés de l’aider dans la réforme de la Curie et des finances vaticanes. George Pell est le plus haut représentant de la hiérarchie catholique à être condamné pour agressions sexuelles.
Un premier verdict avait été prononcé dès décembre 2018, mais rendu seulement public le 26 février 2019, parce que la justice australienne, avait demandé une «ordonnance de suppression» qui aboutit au black-out médiatique autour d’une affaire.
En juillet 2018, c’est le cardinal américain Theodore McCarrick, 88 ans, qui avait été démis par le Pape de son titre de cardinal et défroqué, «déchu de son état clérical», par une sentence de la Congrégation pour la doctrine de la foi notifiée au coupable le 15 février 2019. C’est la première fois dans l’histoire de l’église catholique qu’un cardinal est rendu à la vie laïque pour des motifs d’abus sexuels.
Les premières révélations d’abus sexuels dans l’église catholique aux États-Unis remontent à 1985, grâce aux reportages du magazine «National Catholic Reporter». Le cas le plus connu est celui de James R. Porter : arrêté et jugé, pour des faits remontant aux années 1960, il quitta les ordres en 1974. Marié et père de quatre enfants, il sera finalement condamné à 20 ans de prison en décembre 1993 pour agression sexuelle sur une centaine d’hommes et de femmes.
C’est avec l’affaire du cardinal autrichien Hans Hermann Groër, contraint à démissionner de la présidence de la conférence épiscopale de son pays en 1995, qu’ont débuté en Europe les révélations sur les abus sexuels dans l’église catholique. Cependant, Hans Groër ne sera pas jugé, finissant sa vie dans un monastère.
Il n’y a guère que l’Australie comme point commun entre la condamnation d’un prince de l’église pour abus sexuels, et le roman des «Oiseaux qui se cachent pour mourir» (Colleen McCullough, 1977). L’histoire d’amour entre le père Ralph de Bricassart et Meggie Cleary montre un homme tiraillé entre ses ambitions de devenir cardinal et son amour pour une femme qui n’aspire pas à rester «immaculée conception».
Canice Connors et Andrew Greeley, prêtres et sociologues, avaient conclu, dans les années 1990, qu’il n’y avait pas de preuve que le célibat et l’abstinence, qu’on impose aux prêtres, soient la cause de leur maladie. Les récentes révélations d’abus sexuels sur des religieuses obligent à revoir la question à l’aune des années 2020. Ce n’est finalement qu’au concile de Latran, au XIIème siècle, qu’a été décrété ce célibat. Neuf siècles plus tard, et surtout après ces dernières décennies de scandales sexuels, quel bilan faire de cette «chasteté dans le célibat» ? Les prêtres de notre époque ne sont plus ces ermites héroïques qui vivent seuls, loin des mineurs ou des religieuses. Ne pouvant pas faire qu’ils soient ermites, faudra-il qu’ils soient eunuques…

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