Notes du passé

Des choses incroyables pour exorciser les Douze destins

«Les Malgaches, quand l’influence de la Bonne Parole ne régnait pas encore sur leur esprit et leur âme, croyaient et s’appuyaient sur l’existence des destins que l’astrologue déterminait en fonction de l’âge de la lune » (Fomba Malagasy, Cousins, nouvelle édition 1963).
Dans la présentation du chapitre Mystique et sorcellerie de l’Ombiasy (Manuscrits hova de la Bibliothèque Grandidier 1864-1870), Lucile Rabearimanana les cite (Revue Omaly sy Anio) N°10, deuxième trimestre 1979). Toutefois, précise-t-elle, la consultation du Mpanandro, l’astrologue, par les populations malgaches de quelques régions qu’elles viennent, souverains comme hommes du peuple, continue après l’évangélisation et même de nos jours. « Les Malgaches leur accordaient, et beaucoup leur accordent encore, beaucoup de confiance » (Les habitants de Madagascar, Alfred et Guillaume Grandidier).
Les Malgaches croient en douze destins qui, pour la plupart sinon pour tous, doivent être exorcisés.
Ce sont l’Alahamady qui correspond au signe astrologique Bélier. En principe, il n’est pas à exorciser, même si selon le RP Callet (Tantara ny Andriana ), Rainandriamampandry (Tantara sy fomban-drazana) et Cousins (Fomba Malagasy), il existe des « exorcismes appropriés à ce destin ». Comme à tous les autres.
Le deuxième destin est l’Adaoro (Taureau) dont il faut écarter le mauvais sort avec une perle en forme de corne et des feux mis bout à bout.
S’ensuit l’Adizâoza qui correspond aux Gémeaux. À exorciser avec des plumes de caille, de la terre soulevée par de petits insectes (pour Rainandriamampandry, il s’agit plutôt d’eau soulevée par de petits insectes), une rainette verte. Cousins indique un autre exorcisme: « sahozanina » et « valala voatango » (sauterelle qui ne peut voler).
L’Asorotany (Cancer) s’améliore avec de la terre travaillée en petits fuseaux allongés par les vers, trois obstacles, « Hazomandovakely », « Fotsivolomanokana », de la terre sur laquelle a marché un crabe. Et un arbre à écorce amère que les RP Abinal et Malzac précisent, dans le dictionnaire malgache-français, comme un arbre à écorce très amère, purgative et fébrifuge.
Pour l’Alahasaty (Lion), on utilise du charbon de terre, de l’assiette en terre (plat ou assiette du pays recouverte d’une couche de plombagine ou graphite), arbuste ou haie à fruits acides et dont les feuilles sont comestibles, tombeau vide, glande de bœufs. À signaler que les précisions sont apportées par le RP Callet.
Pour l’Asombola (Vierge), il faut un anneau d’argent s’ouvrant comme une bague, une pièce d’argent dont le poids est inexact, la plume tombée d’un poulet et le « charme pour qu’on ne se rencontre pas ».
Pour l’Adimizana (Balance), sont nécessaires une balance ébréchée, de la terre glaise prise l’année précédente, du tison incandescent qu’on peut saisir entre le pouce et l’index, deux morceaux de bois frottés l’un contre l’autre, et une espèce de pierre (douce ou molle, rouge et bigarrée, indiquent Abinal et Malzac).
Pour l’Alakarabo (Scorpion), un bananier qui laisse tomber très vite ses fruits et deux herbes médicinales selon Abinal et Malzac.
Pour l’Alakaosy (Sagittaire), de la terre foulée par les bœufs, de la terre où s’est étendu un crocodile, de la terre emportée par la corne d’un taureau, de la terre creusée pour voler des tubercules, des plumes de corbeau, du chiendent, un morceau d’une espèce d’arbre appelé « sanira » qu’on ne peut lier, un morceau de l’arbre à écorce amère.
Pour l’Adijady (Capricorne), de la fougère qui « se pose », du « Odihadimatimianatsimo » et du « Fisokiramenaka » (probablement un objet pointu pour puiser de la graisse de bœuf contenue dans un flacon).
Pour l’Adalo (Verseau), de la vapeur d’eau condensée récupérée sur un couvercle, une décoction de «l’amiana » (arbuste épineux), un lys des étangs qui flotte sur l’eau, un escargot mort.
Et pour l’Alohotsy (Poissons), de la pierre tombée d’un édifice et des balayures à la porte d’un village.

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives personnelles