Humeur Opinions

Ce qui reste de l’American dream

Le pouvoir, disait l’ancienne Flotus Michelle Obama, ne change pas quelqu’un, il révèle plutôt sa vraie personnalité. Mais en l’occurrence, que le président Trump dise en public et tweete tout ce qui lui passe par la tête et au moment où ses pensées insensées traversent son esprit, ne révèlent plus de sa seule personnalité mais peut-être de l’air du temps. En élisant un homme, aussi controversé à leur présidence, les États-Unis, pays incontes­tablement puissant et influent, ne révèlent-ils pas une part laissée latente de leur vérité? Ne sont-ils pas en train de nous dire, à peine avec subtilité, ce que réellement ils sont, ce que réellement ils pensent et ce pour quoi réellement ils travaillent? Vous me direz qu’il est injuste de mettre 300 millions d’individus dans une même poche étriquée et qu’une année de présidence ne suffit pas pour définir des siècles d’histoire et de triomphe sur la discrimination. Mais comment se fait-il alors, qu’au bout de ces époques de mobilisation exemplaire contre le racisme, un pays aussi grand en arrive encore à ce point? Comment, si ce n’est parce que malgré tout, les États-Unis n’ont pas autant changé qu’ils voudraient bien nous le faire croire et qu’ils vivent toujours avec leurs vieux démons.
Je rejoins ici les propos du professeur et écrivain Roxane Gay, dans la tribune libre du New York Times du vendredi 12 janvier. «But the president is not alone in thinking so poorly of the developing world. He didn’t reveal any
new racism. He, once again, revealed racism that has been there all along»*. Car ces propos de Trump, aussi injurieux soient-ils, ne démontrent rien de bien original, ce n’est ni un nouveau racisme, ni un nouveau mépris. En 2018, on a des relents de 1940.
J’aurais tendance à dire, en pensant au président Trump : «don’t feed the troll», mais c’est un troll qui a un «gros bouton» et qui risque de nous mettre tous dans une situation périlleuse. Puisse quelque part dans ce pays de Lincoln, quelques âmes courageuses réussir à «canaliser la Maison Blanche» : s’ils ne peuvent pas régler leurs problèmes internes, autant que le comportement de leur président ne nous crée pas plus de problèmes et de polémiques que nous n’en avons déjà.
De ces constats, je n’en tire qu’une leçon : désormais, concentrons-nous sur nous-mêmes. Madagascar, et tous ces autres pays sur lesquels l’on jette des regards arrogants, n’ont d’amis que leurs peuples. Et c’est sur nous et nous seuls que notre pays doit et peut compter. Car si pauvre, si démunie, si malade soit notre île, il n’y aura pas de messie pour Madagascar. Il n’y aura pas de sauveur, ni de rédempteur, ni même d’amis désintéressés : il n’y a et n’y aura que nous. Face au mépris que l’on nous accorde et le self-hating que nous nous infligeons nous-mêmes, il nous est permis de nous réinventer, de chercher des influences et modèles positifs en nous-mêmes au lieu de vouloir toujours les importer d’ailleurs et en particulier.
Pour ma part, je choisis de ne garder des États-Unis que ce qui reste positif, brillant ou passionné. Ellen DeGeneres, Meryl Streep et les polars américains. J’aime toujours savoir que dans le noir profond du tunnel, une lumière persiste, qu’elle soit l’humour, qu’elle soit le talent, qu’elle soit le culot, qu’elle soit l’audace. C’est peut-être le mieux de ce qu’il reste de l’American dream.

Par Mialisoa Randriamampianina

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