Editorial Opinions

Bonne merde

Eh oui ! la merde peut bien signifier autre chose que ce qu’on a tout de suite en tête ou ce que les dictionnaires définissent. Cela dit le Président des États-Unis, Donald Trump, cru et malotru de naissance, n’a certainement pas pensé au sens figuré ni au sens élargi du mot merde pour qualifier certains pays d’Afrique. On se demande si c’est son audace qui gêne et choque ou c’est plutôt la personnalité merdique de Trump qui indigne et irrite. Dans tous les cas, ses propos n’ont rien d’originaux, sauf peut-être qu’il est le premier à l’avoir osé dire urbi et orbi. D’autres n’en pensent certainement pas moins. D’anciens présidents américains comme d’autres présidents des pays puissants. Beaucoup de citoyens épousent également son point de vue et applaudissent que quelqu’un ose clamer une triste et implacable vérité. Il va sans dire qu’à travers le pays, Trump voulait, bien évidemment, parler de certains dirigeants pourris africains. Et si certains pays comme le Botswana ont senti le devoir d’interpeller l’ambassadeur américain, c’est qu’il estime, justement, qu’il ne faut pas mettre les cinquante-deux pays africains dans le même sac. On va voir si d’autres pays minés par la corruption, le non-respect de la liberté de la presse et d’expression, l’atteinte aux droits humains, le trafic de personnes, l’immigration, des délits dénoncés par les États -Unis oseront en faire autant.
Des pays qui, malgré des ressources minières, pétrolières, des biodiversités uniques au monde vivent d’assistanat et sont sous le sérum des bailleurs de fonds et se classent en queue de peloton parmi les pays les plus pauvres un demi-siècle après leur indépendance. Ces pays vont, sans doute, brandir la fameuse souveraineté nationale pour condamner Donald Trump et ses propos outranciers. Ils oublient qu’ils quémandent 80% de leur budget aux bailleurs de fonds et aux États-Unis. On se demande ce qu’est la souveraineté quand on ne peut même pas équiper ses sapeurs-pompiers, ses hôpitaux, ses écoles, quand on sait qu’une grande majorité de la population vit dans une extrême pauvreté, n’a accès ni à l’électricité ni à l’eau . Et quand dans, les grandes villes, la majorité des habitants ne disposent pas de latrines et défèquent à l’air libre, la qualification de Trump est plus qu’appropriée.
Ceci dit, tous les dirigeants ne sont pas pourris et corrompus. Il existe même beaucoup de citoyens compétents et honnêtes prêts à servir le pays dignement et efficacement. Léon Maxime Rajaobelina, récemment décédé, en est l’exemple parfait. Il a servi toutes les Républiques, de la première à la quatrième, avec la même conviction, le même renoncement, la même droiture. Et il a démontré qu’on pouvait très bien servir le pays sans la moindre couleur politique. Leon Rajaobelina a toujours occupé de hautes fonctions de l’État et était proche des présidents alors qu’il n’a jamais été ni Arema, ni Tim, ni TGV, ni HVM. Hélas, il a été une espèce rare et a disparu sans qu’on soit sûr qu’il ait laissé une relève. Si le pays, en particulier, et l’Afrique, en général, étaient peuplés de gens de l’espèce de Léon Rajaobelina, le Président américain aurait tourné sa langue sept fois avant de tenir des propos aussi méprisants. Il aurait même dit bonne merde à l’Afrique. On l’aurait encensé.

Par Sylvain Ranjalahy