Editorial

Menu fretin

La lutte contre la corruption et le blanchiment d’argent pourrait rester au stade de bonnes intentions. Les deux organismes chargés de cette mission affichent une bonne volonté mais leurs actions se heurtent aux interventions diverses et à la puissance de certaines personnalités. Ce n’est pas étonnant qu’en presque vingt ans d’existence, il y a plus de conférences de presse que de résultats significatifs du côté du Bianco et du Samifin. Comme l’a déclaré un grand homme politique mauricien, toutes les institutions existent à Madagascar pour n’importe quel domaine et secteur, toutes les lois figurent dans le journal officiel mais elles sont toutes inopérantes. L’Assemblée nationale vient d’en donner la preuve en ajournant le vote du projet de loi sur recouvrement des avoirs illicites sous prétexte qu’il n’y avait pas assez de députés,( il y en avait onze hier à Tsimbazaza )pris par la campagne électorale et a proposé qu’on en rediscute au cours d’une session extraordinaire dont l’organisation n’est plus possible, le mandat des députés prend fin en février. Or, ce projet de loi a été transmis au Parlement depuis deux ans. Les députés ont toujours trouvé des moyens pour l’esquiver. Cette fois ils ont pris le risque de mettre Madagascar dans une zone rouge et d’être classé pays voyou faute de cette balise contre le blanchiment d’argent. Les hommes censés devoir concevoir des lois ont tout simplement choisi d’être des hors-la-loi. Ils savent pertinemment que cette loi vont mettre en cause plusieurs parlementaires traînant des casseroles dans diverses histoires ayant trait aux trafics.
Par la même occasion, les députés ont déclaré irrecevable la requête du Pôle anti-corruption demandant la mise en accusation de l’ancien Premier ministre Olivier Mahafaly Solonandrasana. L’affaire est donc définitivement classée. L’ancien Premier ministre dont le rôle a été évoqué dans l’affaire Claudine Razaimamonjy n’a plus aucun souci à se faire. Tout compte fait la Haute Cour de Justice a de fortes chances de n’avoir aucune personnalité à juger. Les hautes autorités de l’État devraient être mises en accusation par une majorité de deux tiers par l’Assemblée nationale, entre autres procédures, pour pouvoir être traduit devant la Haute Cour de justice. Une formalité très compliquée qui semble avoir été faite pour protéger les délinquants de l’État. Et dire que l’ancien président Hery Rajaonarimampianina a été presque déchu pour avoir tardé à constater la mise en place de la Haute Cour de justice. Mais il risque d’être son premier client si jamais une demande de mise en accusation tombe à l’Assemblée nationale. Comme les députés ont changé de couleur depuis sa démission, une volte-face est tout à fait possible.
Tous les efforts consentis dans la mise en place d’un véritable Etat de droit se trouvent ainsi anéantis par des intérêts bassement politiques. On va rester sur sa faim et se contenter des alevins, faute de requins, qui ont le malheur de tomber dans la nasse du Bianco et du Samifin. Pour le moment, ce sont des larbins, un entrepreneur soumissionnaire à des appels d’offres et peut-être bientôt un transitaire impénitent, qui constituent leur fait d’armes. Du menu fretin en quelque sorte. Il faut descendre en profondeur pour la pêche au gros.

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