Editorial Opinions

Maison de retraite

Une pension de retraite pour les députés. Une première mondiale dont on détient la palme. Charité bien ordonnée commence par soi-même, les députés ne se sont pas gênés pour adopter un projet de loi dont eux -mêmes en sont l’auteur. Ajourné dans un premier temps par le gouvernement, le projet a été relancé par les députés pour être voté sans coup férir. Pour le moment, le projet de loi a été bloqué au niveau du Sénat où, visiblement, on a une meilleure notion du bon sens. Devant les diverses difficultés de la population, l’inflation galopante face auxquelles l’État reste impuissant, une telle décision ressemble à une provocation qui pourrait attiser le mécontentement populaire.
Faute d’avoir pu obtenir les 4×4, les députés, du moins ceux qui ont le culot de présenter et de voter ce projet de loi, se sont rattrapés en usant de leur pouvoir. Soit, on peut accepter que ceux qui font la loi ont le droit de se servir en pensant à leur avenir, surtout que, généralement, les politiciens tombent inévitablement dans la dèche dès qu’ils quittent leur poste, mais de là à pousser le bouchon aussi loin, il y a lieu de s’indigner. D’abord, parce que pour mériter une pension de retraite, il faut justifier une assez longue activité de service au profit de l’État ou d’une entreprise. Ensuite avoir cotisé pour une caisse de retraite pendant ses années de service. Un employé de l’État ou du privé se voit rembourser les cotisations qu’il a faites à l’heure de sa retraite. Est-ce que les députés méritent cette faveur pour avoir accompli un devoir à la Nation en tant qu’élu ? La réponse est nettement négative dans la mesure où ils sont déjà royalement traités avec des indemnités faramineuses et des avantages exceptionnels. Sans parler des profits exceptionnels lors des surenchères politiques lors des motions de censure ou de destitution contre le Premier ministre ou le Président de la République. Là, les députés font leurs bonnes affaires en mangeant à tous les râteliers et mettent du beurre dans les épinards. Il suffit donc de savoir mettre de côté durant son mandat pour pouvoir jouir d’une retraite dorée après avoir quitté Tsimbazaza. Ils peuvent également souscrire des assurances de toutes sortes pour avoir une retraite tranquille.
On se demande avec quels moyens, dans quel chapitre budgétaire l’État devra mettre cette nouvelle rubrique.
En outre, s’accorder une pension de retraite avec un taux d’abstention frisant les 90 % ressemble à une arnaque vis à vis des électeurs. Le comble est que la salle était pleine lors de l’adoption du projet de loi. Certains députés, mieux sensés que d’autres l’ont fait plutôt par solidarité que par conviction. Ils ne sont pas loin de penser que tant qu’à faire, mieux vaut transformer la Palais de Tsimbazaza en maison de retraite, une hospice d’anciens députés pour que ni le Trésor public ni l’histoire ne les oublie pas.

Par Sylvain Ranjalahy