Notes du passé

Les chemins suivis par les Indonésiens vers la Grande ile

Dans la seconde moitié du XXe siècle, la majorité des chercheurs abandonne, en ce qui concerne la Grande ile, l’idée d’un peuplement très ancien exposée par Alfred et Guillaume Grandidier ainsi que le Dr Rakoto-Ratsimamanga, et défendue naguère encore par Pierre Boiteau. D’après Yves Janvier, dans une étude sur l’ « Histoire ancienne et océan Indien dans les perspectives malgaches » (revue d’études historiques Hier et Aujourd’hui, 1975), Raymond Mauny est l’un de ceux-là. En 1970, dans son ouvrage sur « Les siècles obscurs de l’Afrique noire », il affirme que « la Grande ile était déserte au début de notre ère ».
Parallèlement, beaucoup « délaissent l’hypothèse d’un substrat africain antérieur à l’arrivée des Indonésiens », sans écarter, à l’instar d’Hubert Deschamps en 1972, le maintien de la possibilité d’incursions de pêcheurs africains en petit nombre et sans établissement définitif en vue notamment de la capture de tortues.
Selon l’opinion la plus courante, écrit Yves Janvier, « les Indonésiens seraient venus en deux vagues séparées par quelques siècles d’intervalle- chacune pouvant naturellement englober un ensemble de nombreux débarquements ». La première, « contemporaine des débuts de l’hindouisation en Insulinde », contournant l’océan Indien par le Nord, aurait fait une longue étape en Afrique orientale avant
d’atteindre Madagascar « en compagnie d’éléments africains mélangés voire métissés à elle ». La deuxième vague, « la seule qui soit attestée par les sources écrites » aurait utilisé un parcours plus direct depuis l’Inde du Sud et le Ceylan. Mais certaines sources parlent de Wak-Wak, ce qui suggère une continuité des voyages indonésiens.
Entre ces deux vagues indonésiennes, « les éléments noirs africains » de la population malgache se seraient augmentés par razzias ou par débarquements libres. On ne peut non plus occulter les contacts et les incursions arabes après la naissance de l’Islam. À la fin de la première moitié du XXe siècle, explique Yves Janvier, les tendances de la recherche sont à la réhabilitation de la part africaine dans les origines malgaches « qu’on avait minimisée depuis Grandidier ».
Dans l’édition 1972 de son Histoire de Madagascar, Deschamps écrit « avec prudence » : « La date des premiers voyages (indonésiens) ne peut être estimée qu’à un millénaire près. »
J. C. Hébert estime que les premières migrations remontent au début de noter ère.
J. Poirier est d’avis qu’il faut, sans doute, rajeunir la période de moins 300 à plus 300 ans proposés antérieurement et que l’essentiel des migrations proto-malgaches serait à situer dans la seconde moitié du premier millénaire de notre ère, y compris les éléments arabes préislamiques. Edouard Ralaimihoatra, « encore très dubitatif » en 1965, finit par préférer, dans son « Histoire de Madagascar », la datation de Dahl (environ plus 400) à celle de Deschamps (à partir de moins 500).
Du silence du « Périple de la mer Érythrée » sur les Indonésiens, Raymond Mauny conclut d’abord que leurs incursions en Afrique orientale (et à plus forte raison à Madagascar) ne seraient pas antérieures au IIIe siècle de notre ère. « Il est toutefois revenu sur cette affirmation dans un autre article de 1972, où il admet que Madagascar était peut-être déjà habitée dès l’époque du Périple (IIe siècle ?) ». Pierre Vérin qui rejoint sensiblement la position de Dahl, expose plusieurs raisons de situer « à partir du Ve siècle de notre ère », le premier départ des Indonésiens pour l’Ouest.
Enfin, P. Ottino avance qu’il n’est pas nécessaire de supposer deux époques d’immigrations indonésiennes, dont la première n’est pas du tout prouvée, car au lieu d’une distinction chronologique, il propose une distinction sociale et « le peuplement mixte azanien-indonésien au début de notre ère, mais l’estime peu probable ». Cette position d’Ottino, précise Yves Janvier, est à rapprocher de celle prise auparavant par J. Mahé et M. Sourdat. Ces derniers, raisonnant en géologues, croient pouvoir affirmer sur la base de datation au carbone 14 « qu’il n’y avait pas d’hommes à Madagascar avant le VIIIe siècle de notre ère » (« Sur l’extinction des Vertébrés subfossiles et l’aridification du climat dans le Sud-Ouest de Madagascar », 1972).

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives personnelles