Opinions Texto de Ravel

Quand nos cœurs sont en larmes

«C’est ainsi que sont faites les mères: elles souffrent de la souffrance de leurs enfants », énonçait Roch Carrier. On aura facilement en tête l’image d’une mère qui veille en pleine nuit en prenant soin de son enfant malade. Difficile de décrire la peine, le mal qui pourrait se lire sur le visage de cette mère qui, finalement, a plus mal que son enfant, juste en pensant que son enfant a mal.
Car, les mères souffrent de la souffrance de leurs enfants. Mes pensées vont vers une mère, une maman exceptionnelle. Elle qui a souffert de notre souffrance patriotique. Cette femme n’a pas seulement partagé avec nous nos problèmes du quotidien, nos douleurs de la chair. Elle a également porté les supplices dans nos âmes et nos consciences. Elle a enduré avec nous, pour nous, l’amour inexplicable que nous avons pour notre patrie.
Activiste depuis toujours, notre maman Lalao Razana­mampionona a été fidèle au poste. Dans nos moments de combat, pour la justice sociale, contre les gabegies en haut lieu, pour l’État de droit et les droits humains, elle a toujours répondu présente. Que ce soit sur le terrain pour partager des vivres aux sinistrés, jusque dans nos conférences sur les actions non violentes, elle a toujours été devant nous. Devant nous, oui devant, pour avoir été une lumière qui nous a soutenus dans nos moments noirs de doute, d’errements. Par son travail au quotidien « Edmond », comme sa fille aime bien l’appeler, nous montrait également que les actions valent plus que des mots et des promesses.
Et nos cœurs sont en larmes, car elle s’en est allée. Son combat fini, un peu trop tôt. Elle nous laisse soudainement orphelin, trop brusquement. Une fois de plus, une fois de trop, de faux diagnostics par un centre hospitalier de renom. Fièvre typhoïde et amibiases, a-t-on décrété pourtant, c’était une occlusion intestinale. Notre maman était déjà affaiblie quand un médecin, un ami, qui est passé la visiter a donné la bonne analyse du cas. Déjà affaiblie, elle est transférée dans un autre hôpital en urgence. Edmond doit être opérée. Une chirurgie qui devait être simple jusqu’au moment où les médecins découvrent des pansements d’il y a 21 ans « oubliés » dans son ventre. L’espoir tourne au cauchemar, ils se relaient, ils font tout pour qu’elle puisse s’en sortir et ils l’ont fait. Malgré tout, elle a passé le cap avec beaucoup de mal. Seulement, elle n’a pas passé le cap de la deuxième nuit dans les salles de réanimation.
Elle qui a souffert de la souffrance de ses enfants pour ce pays a mené son combat jusqu’au bout. Elle, notre maman a levé le poing et repose avec un visage presque souriant, en paix. Elle, notre mère, notre maman nous laisse maintenant seuls, pour crier encore plus fort les aberrations dans ce pays. Elle, une victime de plus de ce système médical, de ces hôpitaux qui sont des business et des mouroirs.
Mais elle, nous rappelle également qu’il y a des médecins qui ont tout fait pour qu’elle s’en sorte, qu’il y a des amis sur qui on peut encore compter, qu’il y a encore des combats à mener, qu’il y a encore nos enfants pour qui il nous faut continuer de lever le poing et avec qui il faut que nous bâtissions le futur. Comme elle, qui nous a légué la flamme de l’amour du prochain, nous continuerons jusqu’à notre dernier souffle.
On pensait que tu étais immortelle, tellement tu nous as éclairés. Éternels gamins te regardant comme une héroïne des bandes dessinées, nous admirons ton courage, ta jeunesse impérissable et ta fougue. Repose en paix, nous reprenons le flambeau.

Par Mbolatiana Raveloarimisa

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  • Je compatis sincèrement à ce qui vous est arrivé, à cette grande dame qu’était Lalao Razanamampionona qui était une combattante de première ligne. Paix à son âme. Je compatis également à la douleur de tous ceux qui ont perdu un être cher à cause d’une « simple » insuffisance hospitalière, pour ne pas dire une grande négligence ou laxisme au niveau de nos responsables de la santé publique.
    Quand on lit les faits divers qui relatent le désespoir de ceux qui ont la malchance d’être admis dans l’un de nos centres hospitaliers, soit en passant  » de référence » ou « universitaires » donc censés être des centres de l’excellence, on ne peut que déplorer la médiocrité des services, tous payants soit dit en passant, de nos hôpitaux publics.
    Je suis bien placé pour le dire car je viens de perdre mon fils aîné il y à peine 1 mois dans l’un de ces établissements publics car ils ont été incapables de diagnostiquer une méningite durant 10 jours, et supputant sur toutes les possibilités, je dirai tâtonnant (pour des professeurs et médecins « émérites », laissant le malade pratiquement sans soins durant tout ce temps, l’ignorant même délibérément lors des séances de visites car ils ne savaient pas ce qu’il y avait à prodiguer comme soins, et quand le diagnostic a été enfin réalisé, il était beaucoup trop tard pour sauver l’enfant…
    Je m’étais toujours dit égoïstement que de telles choses ne pouvaient arriver qu’aux autres, la chute a été très dure, et je ne souhaite pas que cela arrive à qui que ce soit. Je ne m’étalerai pas sur la douleur de ce qu’est de perdre un enfant. Surtout que quand un être cher est malade, je ne souhaiterai pas qu’il tombe sur les « charlatans » sur lesquels nous sommes tombés… Quelque part, je comprends un peu mieux nos hommes politiques ; quand ils sont malades, ils vont se faire soigner ailleurs…