Notes du passé

La VVS pour des jeunes épris d’idéal et de liberté

Parmi les gros œuvres réalisés entre les deux guerres mondiales, le pont de Tanjombato, en 1930, à la sortie de la capitale sur l’axe Sud.

Si dès le début de la conquête et jusque vers les premières années du XXe siècle, la réaction des Malgaches contre l’envahisseur apparait violemment, la période entre 1905 et 1939, voit le vieux rêve de liberté et d’indépendance renaitre en eux.
Cela débute avec la Vy-Vato-Sakelika (Fer-Pierre-Ramification), vers 1915. Il s’agit « d’un mouvement de jeunes malgaches épris d’idéal et de liberté ». Selon des historiens, si la naissance du mouvement reste obscure, ses causes sont pourtant profondes. « Épris de liberté, avides de justice », comme tous les jeunes, quelques étudiants de l’École de médecine de Tananarive fondent cette société secrète, dont le nom exprime « l’espoir d’une organisation solide et puissante ».
« Liés par leur serment, les membres affirment surtout leur amour de la patrie. Fidèles à leur tradition ancestrale, mais conscients de la nécessité du progrès qui affranchit les hommes, ils veulent libérer leur pays de la colonisation. » Cependant, peu nombreux et sans armes, ils ne recourent pas à la violence pour y arriver.
Dans son serment, comme le montre Edmond Ravelonahina, le membre VVS accepte de devenir soldat de sa patrie, Madagascar, de la servir de toutes ses forces jusqu’à verser son sang et de ne jamais trahir « dans la facilité ou dans l’adversité ». Son amour ne doit pas seulement se porter sur la terre de Madagascar, mais aussi sur tous les Malgaches, « sans tenir compte ni des diverses races ni des tribus ». Car « les Malgaches sont un, indivisibles et inséparables (…) Et ma patrie, je l’aimerai plus que l’argent et les richesses, et plus que n’importe qui, plus que moi-même. »
D’ailleurs, ce sont des intellectuels nourris des principes de la Déclaration des droits de l’homme, qui reçoivent les conseils et l’approbation de leurs ainés : le pasteur Ravelojaona, les journalistes Ratsimiseta et Andrianjafitrimo, directeur respectif de « Fitarikandro » (Étoile du Matin) et de « Loharano » (Source) ; et Ravelonahina qui ramifie le mouvement à Fianarantsoa.
La découverte de l’existence de la VVS en pleine guerre, déclenche à partir du 24 décembre 1915, une série d’arrestations. Des jeunes étudiants comme Robin et Ravoahangy, des hommes d’Églises comme le pasteur Ravelojaona et le père Venance Manifatra, des journalistes, des fonctionnaires subissent cette oppression.
Le procès qui se déroule après une obstruction rapide, connait une série de rebondissements judiciaires. On évoque une insurrection prévue pour le 1er janvier 1916 : aucune preuve formelle n’est apportée, aucune arme n’est découverte. « Le non-lieu parait inévitable. » Mais trente quatre accusés sont condamnés aux travaux forcés ; huit à perpétuité, quatre à vingt ans, neuf à quinze ans, quatre à dix ans et neuf à cinq ans. Les autorités envisagent alors la possibilité de ramifications dans le groupe des puissances de l’Europe centrale, et des colons sont mobilisés.
Selon les historiens, cette sentence met en relief, « d’une manière saisissante pour les Malgaches », l’inégalité des conditions humaines dans le système colonial. « La suppression de la matière Histoire dans les programmes scolaires, la diminution des effectifs de l’unique École supérieure, sont ressenties comme autant d’injures et d’humiliation. » Malgré l’amnistie de 1922, le souvenir de la VVS et de ce procès anime, au lendemain de la première guerre mondiale, le patriotisme malgache.
D’autant que la guerre permet aux soldats malgaches mobilisés de découvrir la véritable France, dont ils ne connaissent jusque-là que l’administration coloniale. Ceux qui reviennent, rapportent « le souvenir de l’égalité devant la mort, sur le champ de bataille, la camaraderie sans arrière-pensée des combattants ».
Parallèlement, Jean Ralaimongo, instituteur betsileo qui s’engage pour la durée du conflit, « trouve un écho profond lorsqu’il expose ses projets». Il fonde dans la Métropole la « Ligue française pour l’accession des indigènes de Madagascar aux droits des citoyens français ». Cette ligue qui s’honore du patronage du grand écrivain Anatole, se propose, comme son nom l’indique, de promouvoir les Malgaches à la citoyenneté pleine et entière. Autrement dit, l’assimilation.
Ralaimongo va alors se consacrer à la lutte pour l’égalité. Ses contacts avec les hommes de la gauche française et avec les mouvements opposés à la colonisation, la fondation du journal « La Liberté », lui confèrent une grande expérience politique. Et après une campagne en faveur des condamnés de la VVS, il décide de retourner définitivement dans la Grande ile pour organiser le combat.

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