Notes du passé

La grande satisfaction de Radama Ier

Le port de Tintingue sous le règne de Ratsimilaho.

Considérables, sont les conséquences des deux conventions anglo-malgaches de 1718 et de 1820. D’après les auteurs de l’ouvrage sur l’ Histoire de Madagascar pour les classes terminales (1967), elles donnent à Radama Ier trois sujets de grande satisfaction.
Le premier vient de la reconnaissance de son titre royal sur toute l’ile par la grande puissance maritime mondiale. Le deuxième consiste en une assistance technique qu’il souhaite pour moderniser son royaume. Et surtout, le troisième lui apporte les aides financières et matérielles qui lui permettront de se donner « une armée nouvelle, techniquement plus forte que celles de ses voisins ».
L’influence anglaise pénètre alors au cœur de la Grande ile, tandis que la marine britannique exerce sur les côtes une étroite surveillance pour empêcher la traite. « C’était pour l’Angleterre une victoire diplomatique de premier ordre qui ne tarde pas à porter ses fruits. »
Par contre, les tentatives françaises échouent. D’après les informations et les Projets politiques de Sylvain Roux en 1818, le gouvernement français de la Restauration désire réaffirmer « ses droits prétendus » sur Sainte-Marie et la Grande terre. En 1818, l’arpenteur du roi, Petit de la Rhodière, conclut dans son rapport d’étude :
« Lorsque cette colonie (française), trop resserrée à Sainte-Marie pour être un avantage à la France, serait bien établie, elle pourrait facilement s’étendre à la Grande terre, dans les environs de Tintingue. Alors de quelle utilité ne serait-elle pas pour les expéditions que la Métropole pourrait entreprendre ? »
En 1822, une expédition peu nombreuse réoccupe Sainte-Marie. Sylvain Roux obtient à Tintingue et à Foulpointe, le serment de vassalité des chefs betsimisaraka du Nord : « La réoccupation de Fort-Dauphin fut assignée à quatre hommes commandés par un lieutenant ! » La réaction de Radama, conseillé par ses alliés anglais, est immédiate et se déroule en deux étapes.
En avril 1822, il réaffirme son droit de souverain de Madagascar, annulant ainsi le serment des chefs betsimisaraka. L’année suivante, le général Rafaralahy, assisté du sergent James Hastie, prend Foulpointe dont il devient le gouverneur. Conquête facile car, entretemps, Sylvain Roux meurt. « Jean René put alors mesurer la supériorité de Radama. L’alliance anglaise avait permis au jeune roi de déjouer les tentatives d’expansion de la France. »
L’aide anglaise est contenue dans le Mémorandum du 30 avril 1822, adressé par le gouverneur de Maurice au sergent Hastie.
Il commence en soulignant notamment qu’il est tout à fait naturel que Radama regarde d’un œil jaloux l’établissement que vient de fonder à Sainte-Marie une nation qui, « si l’on en croit ses propres écrivains, ne s’est jamais intéressée à Madagascar que dans le but de détruire la prospérité de cette ile ».
La jalousie de Radama, poursuit Robert Farquhar, est donc bien fondée et il ne lui sera pas permis de demeurer indolemment dans cet état de sécurité qui a été si souvent fatal aux intérêts de son pays. « Il lui est particulièrement nécessaire d’être sur ses gardes en la présente circonstance.»
Le gouverneur de Maurice donne ainsi l’ordre à son agent d’informer Radama que le grand désir formulé par « Sa majesté » et par lui-même, pour la gloire et le bonheur du roi de Madagascar, l’amènera désormais, et en toute occasion, à transmettre à Radama « toutes les informations » qu’il possèdera et « toutes correspondances » qu’il entretiendra avec d’autres gouvernements concernant la Grande ile. « Je continuerai à m’opposer de tout mon pouvoir aux prétentions des Français ou de tous autres gouvernements à toute usurpation de pouvoir illégale dans cette ile. »
Il enjoint aussi à Hastie de demander à Radama de lui transmettre « la copie de toutes les communications qu’il pourrait avoir avec d’autres gouvernements concernant la souveraineté de Madagascar ou tout autre sujet de grand intérêt pour la prospérité de ce pays… » Cette victoire atteste la puissance militaire de l’armée du souverain malgache, qui se modernise par une réforme, par une nouvelle organisation et qui aboutit à de nouvelles conquêtes merina à partir de 1822.

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