Editorial Opinions

Le présent du passé 

Pour la première fois depuis 46 ans, les événements du 13 mai 1972, ont eu droit à une commémoration publique à l’endroit même où le massacre des manifestants par les Forces Républicaines de Sécurité avaient eu lieu. La commémoration du premier anniversaire par Manandafy Rakotonirina et ses partisans avait été interdite par le pouvoir du Général Ramanantsoa. De même, tous les pouvoirs successifs n’ont accordé la moindre importance à ces événements qui n’ont jamais eu droit à des cérémonies officielles. Depuis 1972, la place du 13 mai est devenue le départ de toutes les contestations populaires sonnant le glas au pouvoir en place. C’est ainsi que régulièrement tout pouvoir né sur la place du 13 mai ne manque pas d’interdire toute manifestation politique à cet endroit.
Hier donc, les manifestants menés par soixante treize députés du changement ont tenu une prière et un dépôt de gerbe en hommage aux victimes et aux héros de l’époque. Il a fallu 38 ans pour que l’hôtel de ville renaisse de ses cendres. Lalao Ravalomanana est le premier maire élu qui siège dans cet édifice construit par Andry Rajoelina durant la Transition. Tout un symbole donc, avec le rapprochement des deux camps ennemis d’hier devenus alliés face à un adversaire commun, en l’occurrence Hery Rajaonarimampianina.
Malgré l’interdiction de manifester devenue une loi tacite, c’est toujours sur la place du 13 mai qu’une crise politique prend ses racines. En 1991, en 2002, en 2009 et en 2018, la crise a le même lieu de naissance. Sauf que l’endroit mythique s’est trouvé une nouvelle appellation pour s’anoblir et se nomme désormais parvis. Un peu pour se sacraliser.
Mais depuis 1972, la crise n’a jamais abouti aux revendications populaires. Elle a toujours été mise à profit par une minorité de politiciens véreux dont l’effronterie n’a d’égale que la cupidité. Ceci explique la récurrence des crises. La crise de 2018 est parfaitement de la même veine. Elle débute par un rapport parlementaire sur les lois électorales sur le parvis,  réclamé par onze députés et réprimé dans le sang par les forces de l’ordre. Du coup, elle s’est muée en une demande de démission du Président et de la destitution de toutes les institutions.
Aux manettes du mouvement se trouvent les partisans de Ravalomanana et les barons de la Transition, bourreaux du gourou de l’empire Tiko. Autrement dit, deux hommes en qui beaucoup d’espoir a été placé par la population mais qui ont profondément déçu. Ravalomanana a confondu la Nation avec son entreprise alors que Rajoelina a fait régner les trafics de toutes les richesses nationales. 46 ans après mai 1972, voilà donc le pays de nouveau face à une impasse. Un changement avec un régime « friperie » n’augure rien de bon. Pourtant, avec les lois électorales toilettées par la Haute Cour Constitutionnelle qui ouvre la candidature à tout le monde, il devrait y avoir des candidats sérieux qui ont le sens de l’État, l’étoffe d’un vrai Président en dehors des saltimbanques. Il faut mettre à profit cette opportunité si on veut vraiment aller dans le sens du changement, et faire en sorte que le futur ou le présent du pays ne soit pas pire que son passé il y a 46 ans. Les acteurs de mai 1972, voulaient justement un niveau de vie, un standing de vie bien meilleurs que ceux de l’époque. Reste à savoir s’ils seraient prêts à recommencer si c’était à refaire.

par Sylvain Ranjalahy

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