Chronique de Vanf

Suicide en plein bonheur

C’est François Mauriac qui avait trouvé la formule de «suicide en plein bonheur», après le référendum perdu par le général de Gaulle en avril 1969 (annoncé au mois de janvier), quelques mois seulement après avoir magistralement surmonté l’épreuve de mai 1968. Personne n’avait compris pourquoi il avait tenu à engager sa responsabilité en posant (une fois de trop ?) la question de son «équation personnelle» avec le peuple français. Une certaine idée de la France, aimait-il à dire. Une certaine idée de lui-même aussi.
Le héros du 18 juin 1940 défilait triomphalement sur les Champs-Élysées le 26 août 1944. Seulement deux petites années plus tard, le «régime des partis» aura raison de sa patience, et de Gaulle claquait la porte le 20 janvier 1946. Certaines choses ne se négocient pas. La fameuse certaine idée.
Douze ans encore, avant la faillite finale de la Quatrième République, et que le premier des Français devienne le premier en France. Du haut de ce double mètre, un silence méprisant contemplait la capilotade du régime parlementaire. Reclus chez lui, de Gaulle veillait cependant à garder un pont-levis toujours disponible. Il avait patiemment attendu que l’histoire lui accorde un autre rendez-vous. Toujours la certaine idée.
Quelle que soit la grandiloquence du geste, paradoxalement, il semble plus facile de se permettre du panache dans la vie publique que dans la vie tout court. De Gaulle aurait-il été gaullien en des circonstances plus privées ? Il est des déboires, il est des refus, il est des douleurs, dont on s’accom­mode finalement dans le secret quand ils seraient insoutenables aux yeux d’une opinion publique. Une démission publique reste dans les annales. L’écriture de son propre roman. À tutoyer l’histoire. Dans la solitude du privé, jugé par le seul regard de soi, on s’autorise bien de petites lâchetés.
Encore une fois, dit un texte de Jean-Jacques Goldman : «Encore un soir, encore une heure, juste un report, face à l’éternité, çà va même pas se voir, juste un léger retard, rien qu’une pause». De Gaulle avait dédaigné ce stand-by. Aussitôt la défaite consommée, le 28 avril 1969, le général se fendit d’un communiqué laconique resté dans la légende : «Je cesse d’exercer mes fonctions de Président de la République. Cette décision prend effet aujourd’hui à midi». La certaine idée.

par Nasolo-Valiavo Andriamihaja 

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