Notes du passé

Le style hispano-italien dans l’âme musicale malgache

D’après les musicologues, les instruments malgaches sont en nombre fort restreint. Et de reconnaître qu’ils peuvent se compter sur les doigts de la main. À savoir, la « sodina » et la conque marine comme instruments à vent, le « lokanga voatavo » et la « valiha » comme instruments à corde, le « lamako » (tambour) et le « hazolahy » (grosse caisse) comme instruments à percussion.
La « sodina » (sorte de flûte), répandue dans toute l’île, est surtout en honneur chez les Betsileo et les Sakalava. « Pour en jouer, l’artiste enfle la joue gauche, entoure presque entièrement des lèvres un bout de tuyau pour ne laisser à découvert qu’un tout petit intervalle par où pénètre le souffle. Le joueur de sodina obtient toujours auprès des Européens un succès de rire, autant par la bizarrerie des sons qu’il tire de son bambou que par la déformation de son visage » (Marie-Robert Rason).
La conque marine est tout simplement un gros coquillage percé à un bout. C’est un instrument fort en vogue et « joue le rôle de cloche ». Le son rauque et lugubre qui en sort, s’entend de très loin. Prolongé, il annonce un événement heureux; court et précipité, c’est l’alerte devant une calamité quelconque, incendie ou inondation.
Le « lokanga voatavo », violon malgache, se compose de trois cordes en raphia fortement roulées et fixées aux deux bouts d’une planche. L’une des extrémités de la planchette porte une moitié de calebasse bien séchée, servant de caisse de résonance. Ce n’est évidemment pas un instrument parfait, mais les récits pittoresques que le joueur de « lokanga voatavo » chante, lui valent auprès des auditeurs de francs succès.
La « valiha » est aux Malgaches ce qu’est la guitare aux Espagnols: c’est l’instrument malgache le plus répandu. Elle consiste en un gros bambou qu’il faut aller chercher très loin dans les grandes forêts. Les deux cloisons
intérieures conservées pour former la table d’harmonie, arrêtent les fibres espacées d’un centimètre environ que l’on incise dans le sens de la longueur. Ces fibres seront les cordes qui devront vibrer. Pour obtenir l’échelle
musicale, des pièces de citrouille séchées et rectangulaires, servent de chevalets mobiles.
La « valiha » doit se jouer sur une malle ou sur une caisse pour que le son naturellement faible et grêle, ait plus de profondeur et d’ampleur. « De nos jours, on tend à substituer aux fibres de bambou des cordes de mandoline ou de guitare. Certains fabriquent une sorte de cithare dont la sonorité est évidemment supérieure à celle de la valiha. »
Le « lamako », mâchoire de bœufs, était surtout utilisé par les veilleurs de nuit de la reine, pour accompagner leurs chants nocturnes. « Le bruit produit par le heurt de ces mâchoires, invitait au sommeil. Il n’existe plus de nos jours. »
Le « hazolahy » est constitué d’un tronc de bois creusé, dont les deux bouts sont couverts de peau de bœuf. « On bat cet instrument des deux côtés, soit avec un morceau de bois, soit avec les mains. Le son en est aigu. »
Le tambour « langoroany » et la grosse caisse « ampongabe » se font de la même manière que ceux d’Europe, « mais beaucoup plus grossièrement ».
Mais les Malgaches adopteront bientôt les instruments européens. Ainsi, ceux à vent et à cordes, dont certains sont déjà connus sous Radama II, se répandent grâce au Premier ministre Rainilaiarivony. « Les cornets à piston, les clarinettes ont, depuis lors, la faveur des Malgaches. » L’organisation des fanfares militaires et celle de la Musique du gouvernement général à Antananarivo procure d’agréables concerts. La dernière qui obtient, du reste, un franc succès auprès du public, européen et malgache, donne des concerts très appréciés dans la capitale.
Inutile de dire que les airs de danses européennes et américaines sont accueillis avec empressement par la jeunesse malgache. Les auteurs favoris des instrumentistes locaux sont les Hawaïens pour « leurs mélodies balançantes et nonchalantes, tristes et nostalgiques », les Italiens pour « le charme captivant de leurs sérénades d’amour », les Espagnols pour « leurs airs tantôt langoureusement lents, tantôt vivement syncopés ».

Texte : Pela Ravalitera – Photo: Archives personnelles

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