Chronique de Vanf

Quatre de 14-18, Anciens de Madagascar

Il y a un siècle se terminait donc une guerre qui devait être «la der des der» : la dernière de toutes les guerres. L’Humanité étant ce qu’elle est, nous savons qu’il n’en fut rien et qu’à la boucherie de 14-18 succédèrent les horreurs bien pires encore de 39-45.
La France a décidé de rendre hommage à ses maréchaux, quitte à s’exposer à la polémique. Pour ma part, je fais le choix de parler de quatre généraux français dont trois seront faits maréchaux de France, appartenant à une même génération, acteurs peu anodins de 14-18, et tous «anciens» de Madagascar.
Et d’abord, l’ancien Gouverneur Général de Madagascar, Joseph Gallieni (1849-1916) qui est Gouverneur militaire de Paris, depuis le 27 août 1914, quand les Allemands arrivent à une vingtaine de kilomètres de la Capitale française. Le 6 septembre 1914, Gallieni réquisitionne les taxis de Paris pour acheminer plus rapidement les troupes sur la Marne. Alors que Paris était à portée des canons allemands, cette contre-offensive contraint les troupes de Moltke à reculer. Ministre de la guerre, d’octobre 1915 à mars 1916, Gallieni meurt en mai 1916 et sera fait Maréchal à titre posthume en 1921. Joseph Simon Gallieni était le père de l’École de médecine d’Antananarivo, le père de l’Académie malgache, le père des chemins de fer malgaches…
Du temps où il était sous les ordres de Gallieni, Joseph Joffre (1852-1931), officier du génie, avait créé et organisé la base navale et le port de Diégo-Suarez. À Madagascar, son nom reste associé à la localité de Joffreville et à un célèbre boulevard de la ville de Toamasina. Nommé commandant en chef des armées françaises en décembre 1914, il passe pour le «vainqueur de la Marne», occultant le rôle décisif de Gallieni. Remplacé en juillet 1916, Joffre devient néanmoins le premier Maréchal de la IIIème République, le 25 décembre 1916.
Le 16 mars 1916, Pierre Roques (1856-1920), officier du génie qu’on honorera comme «le père de l’aviation française», devient Ministre de la guerre et succède à Gallieni, son ancien patron à Madagascar où, avec le grade de colonel, il avait été directeur du Génie et des Travaux publics.
Le troisième et dernier «Malgache» à occuper successivement ce poste de Ministre de la guerre sera l’officier de cavalerie Hubert Lyautey (1854-1934) qui hérite du poste de ministre de la guerre de décembre 1916 à mars 1917. Premier Résident général et organisateur du Maroc dont on avait pu dire qu’il en fut le proconsul, Maréchal de France depuis 1921, Lyautey quitte définitivement les colonies en 1925, mais pour se retrouver commissaire de l’Exposition coloniale de 1931. En 1891, celui qui expérimenta à Madagascar des méthodes (associer les populations, développer les régions pacifiées, construire des villes comme celle d’ankazobe, creuser des routes, équiper le territoire) qu’il allait perfectionner au Maroc, avait écrit dans la «Revue des Deux Mondes» un article sur «Le rôle social de l’officier». En 1899, parait une deuxième contribution, «Du rôle colonial de l’armée», plaidoyer pour une bonne administration des territoires.
«Ma leçon à moi de 14-18» n’a pas varié depuis cette Chronique du 5 août 2014 : «Par le jeu des alliances, et par la fatalité de la colonisation, des soldats malgaches allaient mourir pour une cause qui nous fut absolument, mais alors totalement, étrangère ! Franchement, que l’Autriche-Hongrie déclare la guerre à la Serbie, que la Russie protectrice slave mobilise ses troupes, que l’Allemagne se rallie à sa cousine l’Autriche, que la France et l’Angleterre entrent en guerre au nom de la “Triple entente”, qu’est-ce que Madagascar en avait à foutre en 1914 !».
La contribution des soldats issus des colonies françaises (et britanniques) a été néanmoins reconnue avec l’inauguration par le président français et son homologue malien d’un monument aux «héros de l’armée noire». C’était le 6 novembre 2018, à Reims.
Concluons avec les écrits d’un écrivain français qui cite souvent Madagascar dans ses livres. À une vingtaine de kilomètres de Reims, se trouve Vrigny où, le 23 juillet 1918, mourait Baptistin David Magnan. C’est le «Lili des Bellons» des souvenirs d’enfance de Marcel Pagnol. À la fin du livre «Le château de ma mère», Marcel Pagnol imagine la mort de son ami : «dans une noire forêt du Nord, une balle en plein front avait tranché sa jeune vie, et il était tombé sous la pluie, sur des touffes de plantes froides dont il ne savait pas les noms». Combien de Malgaches étaient tombés en terre lointaine, sur des plantes inconnues, pour une guerre qui n’était pas la leur ? Pour trois maréchaux et un général, tant de soldats inconnus !
Post-Scriptum : Trois choses que j’ai notées, lors des commémorations de l’armistice du 11 novembre 1918. D’abord : tandis que les 82 autres chefs d’État et de Gouvernement prenaient le bus, l’Américain Donald Trump et le Russe Vladimir Poutine choisirent d’arriver sur les Champs-Élysées chacun à bord de leur limousine. Ensuite : pendant que le président français Émmanuel Macron improvise un «Forum sur la paix», dont le discours inaugural était confié à la chancelière alemande, le président américain Donald Trump décide de s’en tenir à son propre agenda et préfère rendre hommage aux soldats américains du cimetière de Suresnes. Enfin : le Premier Ministre britannique Theresa May a purement et simplement zappé cette commémoration organisée sur le sol français. Theresa May avait également son propre agenda puisqu’elle présidait à Londres une cérémonie à laquelle participait le président allemand. L’Allemagne, ennemie des Alliés en 14-18, invitée d’honneur de deux cérémonies rivales, un siècle plus tard.

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