Notes du passé

Les colons écartés de l’Administration coloniale

Les Malgaches se souviennent très vite de la lutte des Menalamba, à l’instar du roi Ramieba des Bara.

Les premières années de l’après guerre (1919-1924) se caractérisent par les conséquences immédiates du conflit. La paix revenue, les colons se montrent de plus en plus désireux de participer de manière active à l’administration de l’Ile. Leurs conflits d’intérêt avec celle-ci ne sont pas toujours réglés et, dès l’arrivée du nouveau gouverneur général, Abraham Shrameck, leurs délégués lui présentent leurs revendications. Cela se passe durant la Conférence économique de janvier 1919 qui se tient à Antananarivo, pour examiner les situations et les problèmes de l’après-guerre.

Ils conçoivent un programme de réalisations afin de consolider l’économie coloniale avec l’appui de la France. Il est ainsi question de décentralisation régionale dans laquelle les délégués provinciaux, des Français nommés par leurs concitoyens, participeraient à l’administration de la province. Des représentants des colons pourraient aussi siéger au Conseil d’administration de la Colonie. « La contestation des communautés malgaches sur les concessions européennes, au nom de la tradition, est aussi soulevée. » Et concernant l’économie de la Colonie, ils suggèrent le développement de la production en vue de la commercialisation et de la recherche de débouchés en Métropole, etc.

Abraham Shrameck accepte la création des délégations, mais il quitte la Grande ile dans le courant même de l’année. Par ailleurs, aucune disposition n’est prise en faveur des Malgaches, aucune consultation des autochtones n’est prévue pour régler les contestations sur la propriété foncière ou en concession. Quelques mois après la Conférence, Hubert Garbit, démobilisé, retrouve son poste à la tête de la Colonie qu’il a déjà occupé entre 1914 et 1917, et qu’Augagneur sollicite en vain.
Durant son second gouvernorat, Hubert Garbit tient compte des vœux émis par les colons. Toutefois, il apporte des modifications importantes lorsqu’il organise leur participation. En 1920, les Chambres consultatives reçoivent quelques attributions nouvelles, mais une délégation malgache est créée à côté de la délégation européenne. « Cette décision augmente l’impopularité de Garbit dans les milieux coloniaux.» Car déjà, durant son premier gouvernorat, alors que la Colonie subit les contrecoups de la guerre, les rapports se tendent entre l’Administration et les colons. Hubert Garbit estime que « l’intérêt général réside dans une politique économique prudente, et on ne peut entièrement sacrifier les consommateurs locaux en augmentant les exportations vers la Métropole » (lire précédente Note).
En outre, les propositions des colons sur l’équipement et le développement économique sont intégrées, l’année suivante, dans le Plan général de redressement élaboré à Paris, par le ministre des Colonies, Albert Sarraut. « Elles échappent, de ce fait, aux Chambres consultatives. » Et finalement, bien qu’ils soient représentés dans le Conseil supérieur des Colonies, « les colons de Madagascar ont le sentiment de leur impuissance en face de l’Administration ».

Pour affirmer sa compétence et son autorité, Hubert Garbit a à cœur de réaliser de grands travaux sans recourir, comme le préconise la Conférence économique, à des emprunts : le chemin de fer se dirige vers l’Alaotra et le Vakinankaratra en 1922 et 1923. Il encourage la mise en valeur agricole. Les exportations
augmentent très sensiblement en rapport avec le développement des affaires en France.

« Pourtant, il ne s’agit que d’un essor limité à l’agriculture dans le cadre du Pacte colonial qui se perpétue. »
Antananarivo bénéficie particulièrement de l’intérêt du gouverneur général (tunnel Garbit, travaux de voirie, etc.). Cependant, le mécontentement des colons évincés de l’Adminis­tration grandit lorsque le gouverneur, pour des raisons d’intérêt général, contient leurs activités pour protéger les Malgaches. Or, ces derniers sont vraiment déçus. « Les sacrifices qu’ils ont consentis pendant la guerre, ne sont pas suivis, en retour, des décisions généreuses qu’ils espéraient. »
En fait, l’inégalité subsiste dans tous les domaines. Ils constatent que « l’expansion économique, dans le contexte de la colonisation, ne profite qu’aux Européens ».

Leur mécontentement s’exprime alors par l’action des militants autour desquels se groupent, de plus en plus nombreux, ceux qui prennent conscience de la situation. Car la situation coloniale résulte de l’inégalité fondamentale entre le colon et le colonisé. Et c’est de l’évolution des évènements que les Malgaches prennent conscience de l’esprit nationaliste.

La période entre 1905 et 1939 consacre ainsi l’échec de ce que le général Gallieni et ses successeurs appellent la « politique d’assimilation ». À la veille de la deuxième guerre mondiale, il n’existe que 8 000 citoyens français d’origine malgache dans la Grande ile. « Le sentiment d’appartenir à un autre monde nait de cette sujétion et se fortifie dans l’infortune et le malheur. Le refus de l’inégalité des droits ressuscite alors le vieux rêve de liberté et d’indépendance. »

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