Chronique de Vanf

La route avance (certes), la nature recule (trop)

De nouvelles rocades voient le jour tout autour de la ville d’Antananarivo, cette Capitale saturée. Initiative heureuse pour que les automobilistes ne se retrouvent pas tous ensemble et en même temps aux mêmes «portes» pour entrer dans et sortir de la Ville.
Un bémol cependant, et de taille, déjà soulevé dans une précédente Chronique («Adieu, Laniera», 26 mars 2016) : les impacts catastrophiques sur un environnement précédemment champêtre. Dans une autre Chronique, je rêvais d’un pont par-dessus les eaux du Laniera : «un Golden Gate Bridge (à San Francisco, aux États-Unis, le plus long pont suspendu de son époque, en 1937), enjambant le Laniera, se jettant depuis Soavimasoandro dans le lac d’Ivato, croisant son tablier avec un Viaduc de Millau (au-dessus de la vallée du Tarn, en France, plus haut que la Tour Eiffel et long de deux kilomètres et demi) qui mettrait le lac d’Ambohibao à une encablure d’Anosy-Avaratra. À la jonction de ces deux voilures formidables, un rond-point suspendu à un entrelacs de haubans, un exploit technique qu’on viendrait nous admirer des quatre coins du monde (on fait bien des cartes postales du Tower Bridge de Londres). Que Madagascar ne soit pas uniquement, une Nature de Tsingy et de Lémuriens, sans patrimoine exceptionnel dû à la main de l’homme malgache» («Un ouvrage d’art pour sauver le Laniera», 22 avril 2016).
Les remblais sont interdits pour assurer la libre circulation de l’eau qui menace chaque été pluvial d’inonder les parties polders d’Antananarivo. Pourtant, avec les actuels grands travaux, l’État malgache lui-même devient le plus grand remblayeur du pays : on rase des collines pour en arracher la terre, et on en remblaie d’anciens lacs (celui de Dorodosy à Imerimanjaka, par exemple). Double peine écologique et paysager.
Les Chinois, nos partenaires réguliers dans les grands travaux publics, ont suffisamment fait la preuve de leur puissance financière et de leur formidable technique (l’émission «Mégastructures» sur National Geographic est une source d’inspiration), pour que nous puissions leur faire confiance à nous proposer l’alternative de rocades sur pilotis : on sauverait les rizières, l’eau suivrait son cours naturel, poissons et grenouilles survivraient, les oiseaux continueraient de nidifier sur des îlots, et ce corridor aquatique assurerait une humidité salutaire que ne donnera certainement jamais le plus beau bitume.
Post-scriptum : Amboditanimena, en contrebas de Soavimasoandro. Terminus de la ligne 120 de taxibe avec l’anarchie habituelle propre à ces transporteurs. Une piste défoncée qui part sur Laniera. La route, qui va sur Tsarasaotra, est enserée entre des constructions qui, en plus de ne respecter aucun alignement, débordent encore d’excroissances diverses et variées : poulailler, atelier, étal. Reliant ou séparant la route et la piste, marquant une frontière physique entre la fin de la «ville» et le début de la campagne, un pont étroit à voie unique datant des années 1960. C’est dans ce goulet, proprement d’étranglement, que les voitures, nombreuses en cette fin de journée, perdent un temps infini. On met deux fois plus de temps à faire quatre fois moins de kilomètres depuis Ivato. Comme il fallait s’y attendre, aucun policier ni gendarme pour régler la circulation. Le Président de la République lui-même avait rouvert la voie rapide Tsarasaotra-Ivato : pourquoi alors subsistent trois obstacles qui empêchent de rouler de bout en bout sur cette route, devenue piste depuis la fin du Sommet de la Francophonie ?

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