Notes du passé

Radama entre Sylvain Roux et Robert Farquhar

«Radama Ier conçut le dessein grandiose de transformer son royaume en un État moderne, tout en restant fidèle aux fondements traditionnels de la civilisation ancestrale » (Histoire de Madagascar des classes terminales, 1967). Son règne ouvre le XIXe siècle. C’est « une période essentielle au cours de laquelle, par le jeu des évènements internationaux, Madagascar doit compter désormais avec les étrangers, Français ou Anglais ». C’est pourquoi cette « ouverture » de la Grande ile est une entreprise considérable.

D’après les auteurs de l’ouvrage, l’intérêt que la France et l’Angle­terre portent à la Grande ile vers 1815, trouve sa cause profonde dans leur politique coloniale. Et même si l’un des objectifs de la colonisation est la foi et la philanthropie, « les intérêts individuels ou nationaux se sont souvent opposés dans une longue lutte d’influences ».
La rivalité franco-anglaise s’installe dans les iles de l’océan Indien au cours des guerres napoléoniennes. En 1810, les Anglais s’emparent de l’ile Bourbon (La Réunion) et de l’Ile de France (Maurice). L’année suivante, l’agent Sylvain Roux doit leur remettre Toamasina et tous les établissements français de la côte orientale de Madagascar. Par les Traités de Paris de 1814 et 1815, le royaume britannique conserve Maurice et rend La Réunion à la France.

Toutefois, la rivalité des deux puissances européennes continue après 1815 et le gouverneur de Maurice, l’Anglais Robert Farquhar, s’ingénie à faire échouer toutes les entreprises de la France à Madagascar. « La France prétendait, depuis Richelieu, avoir des droits sur la Grande ile.»

C’est pourquoi Sylvain Roux se prépare à poursuivre son action.

De son côté, le gouverneur de Maurice, bien informé de la situation par le rapport de Froberville, sait distinguer l’intérêt de son pays, d’une part en supprimant la traite des esclaves abolie par les traités de 1815. Ce qui gêne beaucoup les colons français de La Réunion et non les Mauriciens dont les exploitations emploient la main-d’œuvre qualifiée locale. D’autre part, en reconnaissant la souveraineté sur Madagascar de la monarchie merina. Cette reconnaissance deviendrait alors un obstacle à l’implantation coloniale projetée par les Français. C’est ainsi que Radama, roi de l’Imerina, devient dès le début de son règne le point de mire des efforts diplomatiques de Sylvain Roux et de Robert Farquhar.

Cependant, la traite des esclaves est, depuis Andrianampoinimerina, une grande source de profit pour le royaume merina. Les esclaves fournis par la guerre, sont dirigés vers la façade betsimisaraka, en particulier vers Toamasina, devenu le plus grand établissement commercial. De nombreux traitants, français et anglais, y échangent également le riz, les bœufs contre des armes, munitions, tissus, ferblanterie, etc. Jean René, aidé de Sylvain Roux, puis de Robert Farquhar acquiert le titre de « Mpanjakamena » (roi) du pays.
Quand Radama arrive sur le trône de l’Imerina, ses ambitions le font tourner vers cette porte maritime indispensable. D’ailleurs, la plupart de ses conseillers, enrichis par le commerce, l’y poussent. Et dès 1817, une expédition militaire oblige Jean René à reconnaitre sa souveraineté. Après Lesage puis Chardenoux, le gouverneur de Maurice envoie le sergent James Hastie à Antananarivo pour négocier avec Radama. Les discussions durent trois mois et s’avèrent difficiles.

« Mais une bonne connaissance des problèmes de l’Imerina permit au représentant de l’Angleterre de décider le jeune roi. » Aussi usant de l’autorité héritée de son père et fort de la confiance de son peuple, Radama impose-t-il sa volonté à son conseil mécontent.

Deux traités anglo-malgaches sont signés.
La Convention du 23 octobre, ratifiée par celle du 11 octobre 1820, établit la collaboration entre les deux signataires, Radama « roi de Madagascar» et le vice-amiral Robert Farquhar « au nom de l’Angleterre ». Cette convention internationale « reconnait officiellement l’existence d’une monarchie à l’échelle de Madagascar : c’était le vœu le plus cher du jeune prince qui se préparait à la conquête de l’ile. »
Sur le plan pratique, le dessein politique de Robert Farquhar se réalise car le roi de Madagascar s’engage à supprimer la traite dans l’ensemble de l’ile. En contrepartie, il reçoit une indemnité annuelle et du matériel d’équipement pour compenser les pertes subies par cette suppression et surtout pour favoriser l’effort et réaliser l’unification de la Grande ile. Et après le traité de 1820, Radama accueille les premiers instituteurs anglais, en général des missionnaires.

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