Editorial

Tirelire

Une fortune de douze milliards d’ariary thésaurisée quelque part. Qu’importe le propriétaire de ce trésor, le fait est qu’il existe comme en témoigne l’existence d’une plainte, l’ouverture d’une enquête et les arrestations qui s’en ont suivi après le constat de disparition de l’argent.
Les révélations font état de l’existence d’une salle Cresus dans laquelle sont disposés les cartons contenant cette somme colossale. Le propriétaire y viendrait, de temps en temps, pour compter ses cartons et n’aurait constaté les dégâts que lorsque les cartons étaient vides.
Les soupçons ont porté sur un gardien remarqué par un « indic » de la police pour avoir mené un grand train de vie du jour au lendemain.
Mais l’important est de savoir d’où vient cet argent ? Il est impossible qu’un dignitaire de l’État puisse
amasser une telle somme, le temps d’un mandat. À moins qu’il trempe dans les trafics de bois de rose ou d’or. Mais il pourrait également s’agir des rançons de kidnapping. Avec la somme demandée par les ravisseurs qui est de plus en plus importante, on ne serait pas loin du compte.
Aussi étrange que cela puisse paraître, cette informa­tion semble complètement désintéresser l’opinion. Il est vrai que la Transition a eu pour avantage de générer beaucoup d’anciens pauvres qui montrent leur fortune de manière ostentatoire.
Même le Samifin ne semble pas préoccupé par cette découverte alors que pour un mouvement bancaire de dix millions d’ariary, les clients font l’objet d’une enquête en bonne et due forme.
Mais quand on sait qu’un couple de paysans du Sud s’est fait intercepter à la gare routière d’Andohatapenaka avec un sac contenant une somme de 120 millions d’ariary, on peut gager qu’il est possible d’amasser
12 milliards d’ariary sans voler et sans trafiquer. Il suffit d’être au bon endroit au bon moment. Gagner la tirelire de trois millions d’euros du Pmu bet par exemple ou a l’Euromillion. C’aurait été d’ailleurs une bonne justification au lieu de renier l’existence du pactole alors que des arrestations ont été effectuées.
Quand les organismes internationaux avancent que la pauvreté a reculé de 90 à 72% en quatre ans, les faits sont là pour l’attester. Quand le FMI affirme que la croissance croît et s’affiche à 5,2%, c’est une réalité matérialisée par cette importante réserve. Qui a dit qu’elle n’a aucun impact sur le quotidien de la population ?
Qu’est-ce qu’on attend pour être riche? Rien. Il suffit d’oser tutoyer le destin, titiller le sort.

par Sylvain Ranjalahy