Courrier des lecteurs Opinions

Quel dernier rempart pour Madagascar ?

Nous voyons, depuis un moment déjà, une population en mal de vivre un peu partout à Madagascar et qui donne des signes avant coureur de n’avoir rien à perdre. Nous sommes également les témoins, impuissants pour beaucoup d’entre nous, d’un pouvoir politique aux abois et qui arrive difficilement à cacher aussi son impuis­sance face à une situation qui peut changer très rapidement. Il n’est pas du tout déplacé de souligner que l’Adminis­tration publique de Mada­gascar et ses démembrements n’ont été, même dans les moments les plus douloureux de l’après 1972, aussi incontrôlables qu’ils le sont actuellement. Et ce, depuis plusieurs années maintenant.
Il est évident, si on ne considère que ces pro­blèmes de délestages, que personne n’a encore pu réellement mettre le doigt sur les vraies solutions aux problèmes brûlants de l’heure dans le fond et dans la forme. Les institutions de la République semblent avoir perdu, ou donnent surtout cette impression, l’essence de leur existence de servir la population et le pays. Vrai ou faux, là n’est pas du tout la question, car l’opinion publique est difficile­ment gérable ou, je devrais dire, les tendances populaires ne sont plus ce qu’elles étaient, il n’y a pas si longtemps de cela. Il n’y a pas pire sourd qu’une population qui ne croit plus à ses dirigeants et aux institutions en place.
Le citoyen que je suis encore à distance, bien malgré moi, ne peut s’empêcher de poser la question. Dans un moment aussi volatile et explosif que ce qui prévaut actuellement à Madagascar, de quel dernier rempart peut-on parler pour empêcher, à défaut de pouvoir prévenir, que le pays ne bascule dans un contexte que personne ayant toute sa tête, en tout cas, ne souhaite ?  Un contexte qui ne sera à l’avantage de qui que ce soit. Il me semble que la question est fort à propos comme elle l’a été en 1971, 1972, 1991, 2001-2002 et 2009 pour préserver le peu de «mieux vivre ensemble» possible qui reste. Les forces armées ?  Les législatifs ?  Le judiciaire ?  Le politique  ? Le public ?  Le traditionnel ?  Le cons­titu­tionnel ?  Le civil ? L’international ?  L’exécutif ?  Le spirituel ?  Le culturel ?  L’académique ?  L’éco­nomique ?  Le social  ?
Je ne prétends surtout pas avoir la solution-miracle qui remédierait aux multiples problèmes dont souffre terriblement cette île de mes ancêtres. Tout au plus, je peux dire que cette solution ne se trouve pas, loin s’en faut, dans la répétition de ce qui n’a pas marché dans le passé et qui ne marchera pas non plus dans l’avenir. La folie, dit-on, c’est de répéter les mêmes choses et s’attendre à différents résultats. S’il y a une réalité qui saute aux yeux à Madagascar, c’est la situation d’ingouvernabilité partout au pays. Ce n’est surtout pas une majorité législative et présidentielle très fragile pour ne pas dire superficielle qui va donner la légalité et la légitimité aux actuels tenants du pouvoir, car fabriquée de toute pièce avant et après des élections dont la probité reste à prouver maintenant plus que jamais. Le plus rapidement, les politiciens, tant au pouvoir qu’en dehors ou en travers, comprendraient cela, le mieux cela irait pour ce pays dont la population est en mal de vivre depuis trop longtemps au point de se sentir n’avoir rien à perdre. Il n’est pas exagéré du tout de constater que Madagascar ne possède actuellement aucun dernier rempart, capable de gérer comme il faut une nouvelle situation de crise et d’empêcher le pays de sombrer dans le chaos.
Je lance un défi aux sceptiques parmi ceux et celles qui détiennent les commandes du pays, actuellement, de mettre, pendant seulement deux jours, des bateaux aux ports et des avions aux aéroports du pays à destination du Continent africain, par exemple. Et dire une semaine à l’avance à la population que ceux et celles qui veulent partir peuvent le faire librement, moyennant des frais de transport. Je mets mes deux mains à couper, je vous le jure! Vous verrez de longues files de jeunes et des bousculades à n’en plus finir pour pouvoir embarquer et dans les bateaux et dans les avions afin de pouvoir quitter l’Île de Madagascar. Mais, sans jouer à l’oiseau de mauvais augure, cela arrivera, bien malgré vous, lorsque le chaos aura poigné sur l’île au train où vont les choses et que les organisations internationales interviendront à leurs façons pour résoudre le problème.
C’est cela le dernier rempart que ces politiciens, tant au pouvoir qu’en dehors ou en travers, veulent ?

Par Jean Razafindambo

Commenter

Cliquez pour commenter

  • Cher Monsieur,
    Votre texte est on ne peut plus clairvoyant sur la situation actuelle. Malheureusement ce n’est pas demain la veille qu’on verra des bateaux venir chercher nos chers jeunes, rappelez vous du mythe du cargo cult jamaïcain. Ce qui guette la Grande Belle Île avec un accroissement effarant de sa population proportionnellement inverse à celui de ses ressources c’est la folie et le cannibalisme. Que vont manger nos enfants demain, certainement pas des zébus. Que vont ils boire, certainement pas la mer. Le problème à très court terme est bien plus terrible que celui que vous décrivez. Ceux qui depuis deux siècles affirment que la route ça ne se mange pas refont, comme vous le dite si bien, les mêmes erreurs tragiques que par le passé. Cela n’est pas leur problème ils peuvent s’enfuir si besoin est puis ensuite médire sur leurs sauveurs ex ou futur colonisateurs. Quand la décadence devient un mode de vie il faut pouvoir l’assumer. Si ce n’est l’apanage que de 0,5% d’une population la guillotine n’est pas loin. La nuit de Varennes que les irresponsables qui régissaient mes ancêtres ont connu n’est pas loin de celle qui attend les ci-devants promus roitelets d’ici. Je ne souhaite que le Fihavanana mais celui-ci a une limite, et de toute façon ici plus aucune valeur n’a cours. J’en suis très attristé car la jeunesse malgache est la plus prometteuse du monde, elle nous donne chaque jour des leçons de courage à nous dont la vie est bien entamée.
    Bien à vous Cher Ami,

  • La société malgache n’est pas morte quand même. Comment pouvoir dire : »je n’ai plus rien à perdre » qui signifie que vous n’avez plus le choix. Donc mort. Exagération.
    De plus vous confondez me semble l’instinct humain du Désir d’Être heureux. Changer d’air, voir le monde de rêve etc. Bien entendu que n’importe qui s’embarquera dans une aventure ‘Voyage sans risque’ comme vous le proposez.
    Enfin ‘toujours rendre les politiciens aux pouvoirs la source de nos problèmes économiques, d’organisation de vie’ c’est désespérant. Car sachez que sans eux beaucoup vivent mieux: à savoir les paysans, les éleveurs, bref les producteurs du pays sur qui toute la vie du pays en dépend heureusement. Les enseignants qui éduque la civilisation car la loi du plus fort à disparu au profit de l’humanité ‘droit commun proportionnel’.
    En vérité je vous le dis c’est parce que la Vie Malgache est radieuse que la patience d’attendre le fruit de l’arbre disparaît. Bien d’autres pays sont désertiques (voir dans le Sud à côté, ils essaient de trouver la bonne solution, mais manque de moyen coordonné). Ce n’est pas l’argent qui fait le bonheur mais l’homme, la femme, l’enfant ordonnés.