Editorial

Président handicapé

La Ceni continue de publier les résultats à son rythme. Hier soir on en était à presque 40% des bureaux de vote. Les deux cadors font toujours course en tête mais Andry Rajoelina a creusé un peu l’écart par rapport à Marc Ravalomanana même s’il est descendu en dessous de 40%. Hier, à 22.50 le score des deux candidats étaient de 39,92 % et 36,60 %.
La baisse des résultats de deux meilleurs ennemis est due à la remontée du Président sortant Hery Rajaonarimampianina que l’on a enterré trop vite et qui joue les trouble-fête désormais. Il est crédité de 7,25 % des voix et ne cesse de progresser enlevant toute éventualité d’une victoire au premier tour pour l’un ou l’autre candidat aux deux premières places. C’est d’autant plus vrai que les résultats du staff HVM le donnent nettement vainqueur dans des régions du Sud et du Nord-est.
Mais la lenteur de la Ceni irrite autant le camp de Rajoelina que celui de Ravalomanana. Les deux états -majors disposeraient déjà de résultats complets qui donnent leur poulain vainqueur au premier tour avec 54% des voix pour Rajoelina et 51% des voix pour Ravalo­manana. Des chiffres faussés justement étant donné que rien que pour la région Analamanga, la Ceni n’a pas pris en compte les résultats de 1270 bureaux de vote des régions Analamanga, Vakinankaratra et Itasy où le candidat Ravalomanana a distancé son rival direct. Des résultats classés invalidés ou « anomalies » selon les termes de la Ceni. Soit au total à peu près 762.000 suffrages exprimés. C’est énorme dans une course où l’écart entre le premier et le second est d’environ 82.000 voix.
Les résultats sont d’ailleurs loin d’être complets aussi bien pour les six arrondissements de Tana que le faritany d’Antananarivo. De quoi attirer les foudres de l’opinion qui soupçonne des manœuvres douteuses.
La tension monte ainsi entre les partisans des deux candidats frisant l’appel à la haine et le racisme et contre la Ceni, accusée par presque tous les candidats. Le gouvernement Christian Ntsay chargé d’organiser une élection impeccable n’est pas épargné par les critiques acerbes.
Reste à savoir si une élection où le taux de participation frôle juste les 50% restera crédible avec la moitié des bureaux de vote annulés à ce rythme. Autrement dit le nouveau Président sera élu par le quart des électeurs inscrits et avec toutes les irrégularités flagrantes ou soulevées par les observateurs internationaux. Un Président handicapé en somme dans une élection où les votes blancs et nuls figurent dans le tiercé gagnant. On a là toutes les prémices d’une nouvelle crise lors du mandat du nouveau Président qui ne se déroulera pas sous le signe de la stabilité. L’abstention comme le vote blanc est synonyme de rejet et de contestation.
L’enjeu du second tour est justement la conquête de ceux qui se sont abstenus ou ont voté blanc et nul. Rassemblés ils donnent facilement un pourcentage qui aurait permis au vainqueur de l’emporter au premier tour. Reste que quand on n’a pas d’autre argument que l’argent et le vent pour les convaincre d’assumer leur devoir, l’affaire se complique.

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