Océan indien

11- Novembre – La mémoire oubliée des «poilus» malgaches

Hier, pour le centenaire de la fin de la Grande Guerre, Madagascar célèbre aussi les plus de quarante et un mille Malgaches recrutés par l’armée française pour combattre en Europe. Sur l’île, quelques monuments aux morts érigés à la gloire de ces « poilus malgaches » sont les derniers vestiges d’une mémoire collective en
déliquescence.
À Antananarivo, la capitale, ce 10 novembre, des lycéens malgaches ont choisi le mémorial du lac Anosy pour une séance photo entre amis. La vue sur les jacarandas en fleur y est splendide. Mais la mémoire elle, s’est fanée. Aucun d’entre eux n’a entendu parler des tirailleurs malgaches.
Comme l’explique l’historienne Lucile Rabeari­manana, « la mémoire collective a retenu très peu de la participation de Madagascar à la Première Guerre mondiale. La raison ? Il y a d’autres événements nationaux qui ont quelque peu terni cette participation, comme la participation de Madagascar à la Seconde Guerre mondiale car les Malgaches ont été plus nombreux à y participer, et c’est plus récent. Enfin, l’insurrection de mars 1947 a été plus marquante et reste encore très présente dans la mémoire des Malgaches ».
Une situation qu’Amédée Andriamisa-Ramihone, enseignant en science politique, déplore. « Les tirailleurs malgaches partis faire la Grande Guerre sont tombés complètement dans l’oubli, explique-t-il. Que reste-t-il ? Uniquement les monuments que l’on visite une fois par an. C’est comme les élections. C’est quand on a besoin d’eux qu’on se souvient d’eux ».
« Il faut une véritable politique publique concernant la culture et l’éducation, poursuit-il. Parce que la nouvelle génération n’est pas du tout au courant de l’existence de ces tirailleurs malgaches. Ils étaient quarante mille mais par exemple, dans les écoles militaires, on ignore complètement leur existence ».
En attendant que les « poilus » malgaches réintègrent la mémoire collective, un hommage leur a été rendu hier, au pied du
mémorial du lac Anosy.

© RFI