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La nature malgache dévastée depuis des siècles

L’étendue des sols latéritiques sur les Hautes-Terres, confirme l’importance du manteau forestier primitif, l’évolution latéritique ne se produisant dans les horizons moyens que sous des sols protégés par la forêt. C’est la constatation des auteurs d’un livre d’Histoire, destiné aux lycées des classes terminales en 1967.
Durant des siècles, les Proto-Malgaches progressent vers l’intérieur de l’ile. Mais bien auparavant, les Proto-Indonésiens, partent de l’Indonésie ou du Sud-Est de l’Asie encore peu touchée par l’hindouisme. Ces navigateurs auraient abordé Madagascar par l’Ouest et le Nord-Ouest. Beaucoup plus tard, comme le cabotage occidental multiplie les installations marginales sur les côtes, les navigateurs devenus Proto-Malgaches se déplacent pour progresser le long de la côte occidentale où les bras des nombreuses rivières peuvent abriter leurs pirogues.

C’est à partir du Boeny et du Menabe qu’ils pénètrent à l’intérieur des terres. Ils survivent et progressent aux dépens de la nature. « Ce sont des populations prédatrices dans le sens strict où ils détruisent la nature. » Cette dégradation se traduit surtout par les défrichements des agriculteurs qui pratiquent la redoutable technique du brûlis, détruisant toujours plus avant. Parallèlement, la chasse et la cueillette se poursuivent et augmentent la dépravation. « Ainsi l’occupation humaine se traduit par la modification du milieu géographique. »

Dans son livre sur « Madagascar et les bases dispersées de l’Union française » en 1958, Charles Robequain renforce cette réalité : « Il faut insister sur l’influence, énorme, de l’Homme bien que son arrivée dans l’ile semble avoir été tardive et que sa densité reste souvent très faible. Il a introduit, involontairement ou non, quelques centaines d’espèces végétales, dont beaucoup se sont naturalisées. Mais son action ne subsiste plus qu’à l’état des reliques.»
Mais les agriculteurs ne sont pas les seuls « déprédateurs ». Les formations végétales de l’Ouest sont très fragiles. Les défrichements ouvrent sur d’immenses espaces, des terrains de pâture qui invitent à la vie pastorale. « Les pasteurs nomades sakalava commencent alors leur étonnante conquête. Seuls les lambeaux de forêts, des reliques forestières, subsisteront dans l’Ouest où l’occupation humaine est pourtant très dispersée : les densités sont faibles et les espaces déserts que l’on parcourt épisodiquement (rarement) sont fort étendus. »

Plusieurs auteurs s’étonnent d’ailleurs de cette « puissance destructrice » attribuée à l’homme tels Perrier de La Bathie, E.F. Gauthier, Baron et René Battistini. Ce dernier souligne notamment : « Peut-on invoquer l’action de l’Homme pour expliquer cette destruction de la forêt? Certains y répugnent estimant les densités humaines trop faibles, surtout à l’époque protohistorique, pour une action aussi vaste. Il ne faut cependant pas perdre de vue que la végétation forestière humide de l’Est est beaucoup plus facile à brûler… »
Dans le Sud et le Sud-Ouest, la sècheresse du climat qui augmente vers le Sud-Ouest, ne permet pas une vie sédentaire. Et là encore, la vie pastorale domine. Dans ces espaces arides, l’existence est une lutte incessante pour la vie. En effet, la rareté de l’eau dont il faut se procurer à tout prix, la recherche des pâturages, accentuent le tempérament guerrier des populations, Antandroy et Mahafaly, des pasteurs comme les Bara surtout et des voisins « belliqueux», tels les Betsileo. « Dans un pays des razzias continuelles où les groupes s’affrontent, l’organisationpolitique ne dépasse guère le stade de la tribu. »

Sur les Hautes-Terres, entre les versants occidental et oriental, une vie sédentaire s’organise. La riziculture irriguée succède au tavy dévastateur, lorsque les derniers venus, à l’issue d’une migration périlleuse dans la forêt, rencontrent les premiers arrivants. Dans le Betsileo, une paysannerie courageuse aménage les versants en terrasses parce que l’espace est trop exigu dans la vallée. Et dans l’Imerina du Nord où les plaines drainées sont nombreuses et plus vastes, le même genre de vie se développe.
Le problème consiste à dater cette disparition de la forêt, conclut René Battistini. Pour lui, si elle n’est ancienne que d’un millénaire en moyenne, il est probable que l’homme en est le principal artisan. Mais, « si elle date de cinq mille ou dix mille ans, sans doute faut-il
invoquer une cause climatique… ».

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