Chronique de Vanf

Inventaire de nos misères morales

Place Goulette, l’autre samedi, en plein jour, à peine après le coup de midi. Un policier régule la circulation. Mais, il faut croire que les motos et autres scooters ne sont pas concernés par ses consignes. Quand une file est arrêtée, les scooters qui se trouvent dans cette file ne doivent-ils pas attendre que le policier libère la meute avant de s’engager dans le carrefour ? Le bon sens le voudrait. Mais, manifestement, le bon sens est la chose du monde la moins partagée dans la circulation tananarivienne. On se demande quel document serait le plus important concernant certains motocyclistes : une attestation de quotient intellectuel minimal ou le permis de conduire selon le code de la route. Et si d’aventure, un de ces scooters, qui démarrent sous stop, se faisait écraser par une voiture prioritaire venant d’en face, qui incriminer ? La police de la route, qui laisse trop souvent faire, ne devrait pas pouvoir s’exonérer.

Justement, un policier règle la circulation. Soudain, une voiture double tout le monde par la droite pour venir tranquillement s’imposer en tête de file, sous les yeux, mais pas à la barbe, dudit policier. Qui ne dit mot. Et qui consent.
De l’autre côté, un camion-ordure de la Ville d’Antananarivo, amorçant la montée vers Ambohijatovo, achève de déverser sur la chaussée la moitié de sa cargaison innommable. L’autre jour, de nuit, près de minuit, les usagers de la route d’Ampahibe avaient eu un aperçu de la décharge municipale d’Andralanitra, juste devant le Ministère de la Défense. Tôt le matin, le lendemain, de jeunes conscrits maniaient pelle, balai et rateau, pour tout nettoyer. Occupation enfin utile pour ces conscrits, diriez-vous, mais, tout de même, ils ne portent pas l’uniforme pour s’improviser éboueurs. La vraie question est celle de l’absence récurrente de filet, ou d’autre système de rétention, pour que des ordures ramassées là ne soient pas consciencieusement semées à travers la Ville.

Je nous épargne le récit du capharnaüm qui règne habituellement au carrefour d’Anosy. Rien que du très anormalement normal. Généralement, une poignée de policiers assurent une présence stridente à ce carrefour, mais on doute raisonnablement que mille policiers arrivent à y mettre quoi que ce soit d’ordre : entre marchands à la sauvette, taxibe en double stationnement, piétons encombrant la moitié de la chaussée.
Les vitres prudemment fermées sur la puanteur qui est l’atmosphère habituellement irrespirable sur l’axe d’Anosibe, on arrive au premier rond-point devant le marché de céans. Et là, au beau milieu de la route, un individu en train d’uriner. En pareilles circonstances, quelle serait la meilleure dissuasion : le gourdin d’un policier, la parole d’un psy, ou un maître FRAM commis d’office pour insuffler des rudiments de civilisation ?
D’Andohan’Analakely à Anosibe, il n’y a pas cinq kilomètres. Mais, une poignée de kilomètres qui passe en revue toute la misère morale de ce pays. Et là, au moins, personne ne pourra accuser le Président de la République. Pas plus celui-là que ses prédécesseurs. On ne va pas décréter en Conseil des Ministres l’obligation de bon sens ni l’interdiction de dégueuler, de pisser et de chier ! Et pourtant, nous savons qu’il n’en fut pas toujours ainsi. À remonter le cours de cette chienlit, nous déboucherions inévitablement sur la Place du 13 mai, celle de 1972, de 1991, de 2002, de 2009 et de 2018 : haut-lieu de la contestation de l’ordre, tribune de l’insulte à l’autorité, chaire magistrale de l’indiscipline, estrade de l’anarchie populaire, parvis du pire et de son comble.

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