Editorial

Cocktail frelaté

La crise est-elle terminée avec la mise en place du gouvernement Ntsay ? Rien n’est moins sûr. Alors que les manifestants du parvis réclamaient un gouvernement tout neuf avec des têtes nouvelles et surtout aucun HVM, ils sont plutôt bien servis avec un cabinet de trente départements dominés par le HVM dont la plupart des ministres les plus critiqués par le peuple du parvis. Finalement tout s’est résumé par une course aux strapontins pour les députés du Mapar et du Tim dont cinq sont devenus ministres. Après avoir contesté la clé de répartition préalablement définie lors de « l’accord politique » ayant conduit à la nomination du Premier ministre Christian Ntsay, ils se sont résignés à accepter la suprématie du HVM dans ce gouvernement à travers lequel on perçoit mal le changement n’étaient -ce quelques nouvelles recrues de choix dans l’équipe.

On attend la réaction des inconditionnels du parvis désormais menés par les députés oubliés par le vent du changement et étourdis par ce tourbillon politique ainsi que les leaders syndicaux dont le souhait de voir de nouveaux ministres n’a pas été exaucé. Le fait est que le président de le République se trouve ragaillardi par cette pirouette politique avec de nouveaux alliés comme entourage qui lui donne une bonne marge de manœuvre pour agir en cas de besoin. Il est difficile maintenant de dissoudre ce gouvernement ou de démettre le Premier ministre.

Reste à voir son efficacité dans la préparation des élections, son principal objectif. Les ministres sont condamnés à vivre ensemble et à réussir comme l’exige leur mission mais si on doute fort qu’au delà du parvis, les députés Mapar et Tim puisse cohabiter avec les ministres HVM comme compagnons de chambre.
Un gouvernement hétéroclite qui risque de souffrir de cohésion et où chaque ministre cherche à prêcher pour sa paroisse dans l’objectif de gagner les élections. Chaque ministre cherchera comment tirer profit de sa position dans l’objectif de faire gagner les candidats de son parti. Le ministre de l’Industrie, Guy Rivo Randrianarisoa prendra certainement comme première mesure la réouverture des usines AAA pour renflouer le trésor de guerre de Ravalomanana.

Un gouvernement neutre et composé exclusivement de techniciens aurait été plus approprié si sa mission était de préparer les élections. Cela aurait épargné le Premier ministre Christian Ntsay de ce fastidieux exercice de partage de strapontins où il n’y en a jamais assez pour tout le monde. Mais surtout il aurait garanti des élections démocratiques, transparentes et incontestables.

Rien ne garantit qu’après les insultes proférées au quotidien à l’endroit du président de la République et des ministres HVM par les députés de Mapar et Tim, les conseils de ministre se dérouleront en toute tranquillité, que les ministres fileront le grand amour pour l’intérêt supérieur de la Nation. Si c’était le cas, il s’agirait alors de l’arnaque du siècle dont le peuple du parvis est la victime. Maltraiter le président de la République pour ensuite accepter d’entrer dans son gouvernement et lui devoir respect et soumission constituerait une insulte à l’endroit des militants du parvis.

Mais ainsi va la politique. La réconciliation est à ce prix. Il a fallu un ennemi commun pour rapprocher Mapar du Tim et des sièges pour réconcilier Mapar, Tim et HVM. Élémentaire mon cher Watson. Il fallait y penser. Quitte à servir un cocktail frelaté.

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