Editorial Opinions

Pluie d’argent

Il est de juillet comme il est de décembre. Si juillet, avec cinq samedis, cinq dimanches et cinq lundis, était qualifié par la croyance chinoise de « poche pleine d’argent », décembre, avec cinq vendredis, cinq samedis et cinq dimanches, n’est pas moins porteur de bonheur à en juger faits. Et il n’aura pas fallu attendre 823 ans pour que la chance revienne pour l’État. Une véritable pluie d’argent s’est abattue en cette fin d’année. Par deux fois en l’espace d’une semaine, la Banque mondiale a débloqué 45 millions de dollars alors que le Fonds monétaire international a décaissé, les yeux fermés, la troisième tranche de la Facilité élargie de crédit d’un montant de 45 millions de dollars. Ce qui fait en tout 135 millions de dollars en un mois. A cela s’ajoutent les 1,3 milliards de dollars de la Banque mondiale pour le programme pays 2017-2021 et les 86 millions de dollars de Fmi octroyés en juillet dans le cadre de la 2e tranche de la Fec. Pas mal pour terminer l’année et entamer 2018 dans un certain confort. De quoi assurer une retraite dorée aux futurs ex-députés qui n’ont rien cotisé pendant leur mandat mais qui vont sucer l’État.
Pour les bailleurs de fonds tout marche comme sur des roulettes, « tous les objectifs indicatifs ont été atteints , la reprise économique graduelle se poursuit, avec une croissance solide et une stabilité macroéconomique persistante, les résultats budgétaires ont été conformes aux prévisions, la politique monétaire et la politique de change ont permis de bien gérer les risques liés à l’évolution des transactions extérieures courantes, l’ariary s’est apprécié légèrement en valeur effective réelle et la banque centrale a accru sensiblement ses réserves de change pour les porter bien au-delà des objectifs fixés dans le programme ». Voilà donc les motivations d’un appui supplémentaire au gouvernement qui a rempli toutes les conditions posées. Pour l’opinion en général, c’est tout le contraire.
Que d’argent donc pour l’État globalement même si chaque déblocage a un objectif spécifique et une utilisation déterminée. Justement pour l’opinion, avec tout cet argent l’État doit pouvoir résoudre tous les problèmes inhérents au quotidien de la population en particulier la hausse conjuguée du prix du riz, du carburant, la dépréciation de l’ariary, l’insécurité. Ce ne sera pas le cas. On aura beau annoncer une croissance de 4,1 %, cela restera absolument abstrait si cela ne se traduit pas par une amélioration des conditions de vie de la population. Et malheureusement depuis presque 35 ans de collaboration avec les bailleurs de fonds et les différentes politiques de redressement adoptées, l’échec a toujours été cuisant comme en témoigne cette pauvreté grandissante depuis 1982. Quand les bailleurs de fonds constatent que Madagascar est le seul pays, à l’abri d’une guerre, qui s’est appauvri, ils doivent se regarder dans une glace. On rejette souvent la responsabilité à la récurrence des crises et l’incompétence des dirigeants, mais il faut également tenir compte de l’inefficacité des programmes adoptés. Augmenter les recettes de l’État en relevant de 100% les taxes sur les carburants, ne fera qu’effriter davantage le pouvoir d’achat de la population et rogner encore plus le revenu de deux dollars par jour. Si la croissance n’a aucun effet sur les conditions de vie des gens, c’est parce que le taux d’inflation lui est nettement supérieur.
Puissent les 45 millions de dollars de la Banque mondiale permettre une croissance inclusive et résiliente comme l’objectif du programme l’indique, faire en sorte que ces résultats macroéconomiques positifs se reflètent dans le quotidien des plus vulnérables avec un accès aux opportunités économiques, un appui aux réformes du domaine foncier, de transports, aux collectivités locales, d’entretien des routes et d’énergie. Reste à savoir comment les choses vont être gérées pour que les intentions se traduisent par des résultats tangibles, pour que le pactole ne se retrouve pas dans le budget électoral d’un candidat. Ceci dit , pluie d’argent n’a jamais été mortelle.

Par Sylvain Ranjalahy