Notes du passé

Victor Augagneur, un gouverneur général plus humain

L’avant-première guerre mondiale, entre 1905 et 1914, est une période difficile pour le monde, une série de crises internationales succède aux partages coloniaux.
« L’Europe des grandes puissances coloniales, riche et dynamique, gouverne encore l’économie mondiale malgré la montée de la puissance des États neufs, les États-Unis et le Japon », lit-on dans l’Histoire de Madagascar de 1967.
Au milieu de toute cette conjoncture, l’antagonisme franco-allemand domine les relations européennes et aboutit à la division de l’Europe en deux camps. « Les impérialismes s’opposent à propos du Maroc, les nationalismes s’exaspèrent, la paix est de plus en plus menacée. » La Grande ile, elle, éloignée de la Métropole et de l’Europe- les voyages étant encore bien lents-, n’est pas touchée par ces évènements internationaux.

Néanmoins, la vie intérieure française influence directement le gouvernement de la Colonie.

En France, la période 1905-1914 débute par la loi de la séparation des Églises et de l’État, mettant ainsi fin au régime du Concordat de 1801. Pour rappel, celui-ci, signé par Bonaparte et Pie VII, prévoit la nomination des évêques par le chef de l’État, le Pape conservant l’institution canonique, et stipule que les évêques et les prêtres doivent prêter serment de fidélité au gouvernement. Ainsi, les Églises retrouvent leur liberté, mais l’État ne subventionne plus aucune confession. « Cette séparation est l’aboutissement de quatre années de luttes menées contre les congrégations, contre l’enseignement congréganistes, contre le Vatican, par le ministère radical Combes. »

À Madagascar, deux gouverneurs succèdent durant cette période, au général Joseph Gallieni, Victor Augagneur (1905-1910) et Albert Picquié (1910-1914). D’après les auteurs de l’ouvrage, le premier appartient à la génération d’hommes politiques du début du XXe siècle attachés à lutter « contre l’armée et le militarisme, contre l’Église et le cléricalisme». Il est attaché à la réalisation de son programme car à ses yeux, « les idées et les principes comptent très souvent plus que les réalités ».

Le nouveau gouverneur s’acharne à démontrer « les abus de pouvoir » commis par son prédécesseur. Il s’efforce de remplacer les structures installées au moment de la conquête par les rouages normaux d’une administration civile. Mais il manque d’administrateurs et de crédits. Invité par le ministère des Colonies à pratiquer « une politique budgétaire prudente », il est forcé de sacrifier certains chapitres, notamment celui de l’équipement scolaire, à ces réformes. « Plus compliquée que la précédente, plus tracassière, la machine administrative de la Colonie ressemble davantage à celle de la Métropole. »

Appliquant les principes proclamés en France par les tenants de la séparation des Églises et de l’État, Victor Augagneur mène une lutte énergique contre l’enseignement privé. Les écoles privées, en 1905, au nombre de deux mille environ enseignent à quelque deux cents mille élèves, soit neuf fois plus que l’Enseignement public créé par Gallieni. Le budget de l’Enseignement fort réduit, ne peut permettre la laïcisation des établissements libres.

La situation est très différente de celle de la France à l’époque. Dans la majorité des cas, la disparition de l’enseignement des Missions prive les élèves d’instituteurs.
« Entre l’éducation des enfants, indispensables au développement des cerveaux et des âmes, et le principe de la neutralité, Victor Augagneur choisit le second. » Les bâtiments utilisés pour la pratique des cultes, ne pourront plus être des écoles et seuls les diplômés pourront diriger les établissements scolaires.

Ces mesures diminuent beaucoup la population scolaire de la Grande ile. Diminution aggravée par la disparition des Écoles normales provinciales que le
gouvernement ne peut plus entretenir. L’École Le Myre de Vilers demeure le seul établissement formateur de fonctionnaires, y compris les instituteurs, pour toutes les provinces.

L’étiquette politique du nouveau gouverneur général le rend vite impopulaire dans les milieux commerçants et parmi les colons.
« Impopularité qui grandit lorsque l’autorité civile, sous son impulsion, entreprend d’adoucir le régime des prestations et de l’indigénat. Considérant que le Malgache n’est pas exploitable à merci, il s’efforce de persuader l’employeur d’agir avec modération et conscience. » Et en 1906, il établit les Conseils d’arbitrage pour protéger les salariés.

En revanche, il poursuit la politique des grands travaux inaugurés par Gallieni, à savoir l’ouverture de nouvelles routes, la continuation des travaux du chemin de fer Antananarivo-côte Est ; il s’efforce de développer la vie économique et les échanges, mais « il tient peu de cas des exigences des colons ». Ces derniers font d’ailleurs la sourde oreille quand le gouverneur général recommande une « collaboration pacifique et généreuse avec les colonisés ».

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