L'Express de Madagascar

Pêches illicites – Impliquer les communautés à la surveillance

Une perte de 10 milliards de dollars par an pour l’Afrique. Madagascar enregistre à elle seule près de 500 millions de dollars de perte en pêches illégales, non déclarées et non règlementées. Un chiffre encore discutable car jugé en deçà des réalités. Peu d’éclairages entre autres ne filtrent jusqu’ici de la part des autorités compétentes, ni sur les chiffres, ni sur les exploitations réelles, effectuées par les bateaux chinois. Des faits déjà dénoncés par l’opinion depuis le mois de décembre de l’année dernière. La présence de six bateaux dans les eaux territoriales du pays a fait couler beaucoup d’encre, mais, justifiée par l’Autorité portuaire maritime et fluviale (APMF). Cependant, le cahier de charges sur le tonnage autorisé à exploiter a été peu clarifié.

« Il existe cinq cent à sept cent bateaux qui passent ou qui pêchent dans les eaux territoriales de Madagascar, par jour », révèle l’océanographe, maître de conférences et chercheur auprès de l’Institut halieutique des Sciences marines (IHSM) de Toliara, Dr Mahatante Tsimanaoraty Paubert. Il a récemment participé, en Égypte, à un forum international sur le renforcement de la capacité institutionnelle afin d’améliorer la gouvernance du secteur Pêche en Afrique. Les réflexions ont, entre autres, abouti à la promotion de la surveillance communautaire des côtes. «Notre système de surveillance est faible. Les communautés peuvent participer à la surveillance à leur manière. Il n’est plus possible d’attendre les actions du gouvernement dans ce secteur, tandis que d’autres prennent ce qu’ils veulent dans nos eaux territoriales», explique le spécialiste.

Les communautés, pas forcément pêcheurs, doivent être mieux sensibilisées sur les enjeux de ces pêches illégales. «Du petit matériel tel que les téléphones portables peuvent être utilisés par ces groupes de personnes. Les informations jugées utiles pour freiner les vols de ressources sont ainsi relayées aux structures compétentes, qui doivent agir à leur tour. La promotion de la surveillance communautaire est l’approche la moins coûteuse et la plus efficace. Le risque de corruption est également moindre, et au moins beaucoup plus d’acteurs surveillent nos côtes», ont proposé les participants à la rencontre.
Par ailleurs, ce forum qui s’est tenu au Caire a été l’opportunité de réunir les « best practices » et les résultats du projet de renforcement de capacité institutionnelle et de gouvernance du secteur Pêche, mis en œuvre depuis quatre ans par le Bureau interafricain des ressources animales de l’Union africaine, et les acteurs d’autres institutions régionales. Il a été indiqué également que les pêches illégales ont de graves impacts environnementaux et socio-économiques. L’Afrique assure près de 23 % de la production mondiale de ressources halieutiques, estimée à peser 24 milliards de dollars. 12 millions de personnes travaillent directement dans le secteur Pêche sur le continent mais le manque ou la faible collaboration institutionnelle, ainsi que le manque de cohérence dans les politiques et la gestion demeurent encore ingérables.