Editorial

Chambre d’amis

Le Sénat à supprimer s’il est élu. Vous l’avez deviné c’est le candidat auteur de la Constitution de 2010 lui-même qui a annoncé la suppression de la Chambre Haute du Parlement il y a une semaine. Autrement dit il renie une loi fondamentale qu’il a fait voter par des millions d’électeurs. Il n’y a certainement pas de mot pour qualifier une telle démence. Il voit toujours les chose autrement. Un coup d’État est une révolution pour lui.

Si le Sénat était inutile, il n’aurait pas dû le cloner durant la Transition en l’occurrence le Conseil supérieur de la Transition, chambre totalement composée de membres désignés.
L’Assemblée nationale et le Sénat sont des institutions classiques dans une vraie démocratie. Leur rôle est de contrôler l’Exécutif contre les dérives, de servir de contre poids au pouvoir. Même si la majorité dans les deux chambres, les débats sont toujours animés avec la présence de parlementaires de l’opposition. L’issue d’un vote de projet de loi est rarement connue à l’avance.

À Madagascar, le Parlement a toujours servi de décor de la démocratie. Il n’a joué son rôle que pendant l’intermède Albert Zafy de 1996 à 1997. Pendant l’ère Ratsiraka elle n’était qu’une chambre croupion, pendant Ravalomanana une chambre d’échos et pendant Rajoelina une chambre d’amis. Voilà pourquoi les deux chambres ont été complètement inutiles à plus forte raison durant la Transition où le Congrès de la Transition et le Conseil supérieur de la Transition servaient à propulser les compagnons de lutte de la place du 13 mai.

Le Sénat dans sa forme actuelle continue de jouer le rôle d’un bibelot démocratique. Malgré la présence de quelques sénateurs désignés qui ont des qualités techniques appréciables, ils ne sont pas à même de jouer la comédie pour donner une forme et un fond dans les débats lors des votes de projets de loi tous adoptés sans le moindre amendement. Il faut être extrêmement bête et obtus pour ne pas savoir maquiller l’adoption d’un simulacre de débat plus ou moins houleux. On attendait beaucoup mieux de la part de certains sénateurs dont on connaît la verve ,la percussion et la pertinence de leurs interventions dans d’autres cercles mais qui se sont volontairement noyés dans l’anonymat le plus total et dans la médiocrité absolue.

L’Assemblée nationale et le Sénat jouent à fond leur rôle politique et oublient complètement qu’ils sont aussi un levier de développement au lieu de passer les sessions ordinaires et extraordinaires à revendiquer des avantages et à menacer le Président de motion de déchéance, le gouvernement de motion de censure. Ce n’est pas le Parlement qui est inutile, c’est son utilisation qui est débile. Ailleurs il assume parfaitement sa tâche de balise démocratique et de barrière au totalitarisme.
Il serait intéressant de faire une étude sur les apports du Parlement au développement depuis 1975. Hélas, jusqu’ici il a plutôt servi à concrétiser le fameux pacte de stabilité, de non agression proclamé par la Haute Cour Constitutionnelle mais qui a toujours existé de façon tacite durant les régimes successifs. La philosophie des présidents de ces institutions est toute simple. On ne coupe pas une branche sur laquelle on est assise. C’est fini désormais Rajoelina va la scier. Si les urnes le veulent.

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