Océan indien

Crime organisé – Trafic juteux de batteries usagées

Des conteneurs de batteries avaient été envoyés à Madagascar en décembre 2012, juillet 2013 ou encore en février 2014.

Vieille déjà de plus de quatre ans, le dossier du juteux trafic de batteries usagées a bien failli être renvoyé. Les avocats de la défense sont en train d’émettre des réserves.

Têtes de gondoles et petites mains logées à la même enseigne. Les avocats ont fustigé le travail «gros doigt» du juge d’instruction de l’époque. Mais le président Bernard Mollié a finalement décidé de maintenir l’affaire au rôle, avant-hier matin.
L’enquête est partie d’un contrôle inopiné, en décembre 2012, des douanes et de la DEAL de conteneurs censés contenir de la ferraille et prêts à partir pour Mada­gascar. Les fonctionnaires avaient alors découvert près de mille batteries usagées cachées parmi les déchets métalliques, soit 17 tonnes de produits dangereux.
La loi exige un traitement spécifique pour l’exportation des vieilles batteries automobiles. Une procédure extrêmement lourde qui interdit par ailleurs leur transfert dans des pays non membres de l’OCDE, ce qui exclut donc la Grande île.
Une exigence nécessaire pour «ne pas polluer le sol réunionnais», comme l’a rappelé la substitut du procureur Emmanuelle Carniello, mais aussi «pour ne pas tuer des enfants forcés de manipuler dangereusement les batteries pour en extraire les métaux lourds» dans certains pays.
Cela n’a pas arrêté «Hermann» Andriantsi­hoarana et Jiaha Bachirou, les deux transitaires franco-malgaches mis en cause dans ce vaste trafic susceptible de leur avoir rapporté gros en deux ans, au vu de leur compte bancaire bien garni.
Défendu par Me Marius Rakotonirina, le premier micro-entrepreneur avait 70 000 euros non déclarés à la banque. Pour Bachirou, c’est plus compliqué. L’homme qui bénéficie du RSA, tout comme son présumé complice, avait près de 300 000 euros sur son compte en 2012, dont 260 000 déposés en espèces.

Listing
Il ne me restait plus grand chose après avoir payé mes factures, se défend le Tamponnais qui confond chiffres d’affaires et bénéfices. On ne retrouve en fait pas beaucoup de factures chez lui. «Comme par hasard, les deux transitaires n’ont pas vraiment de comptabilité mais beaucoup de liquides !», ironise Emmanuelle Carniello qui a requis à leur encontre des peines de deux ans et
18 mois de prison ferme.
Son conseil, Me Ben Ali Ahmed, regrette que les véritables instigateurs «pourtant connus» n’aient pas été inquiétés. «Je ne pouvais pas contrôler les conteneurs déjà remplis qu’on me confiait, rajoute Jiaha Bachirou. Seule la douane a les moyens de le faire. Sauf qu’ils ne le font pas systématiquement», ose-t-il. Il explique qu’il se contentait de demander le listing du contenu et de prévenir ses clients tentés de faire passer des produits illicites en misouk.
Sauf qu’il sera vite été contredit par l’une des «petites mains» chargées de collecter les batteries usagées. Celui-ci explique comment il était revenu deux heures plus tard présenter une liste «remaniée» après qu’on lui explique que les batteries usagées ne pouvait pas y figurer… «C’est pas avec ses petits bras que mon client aurait pu décharger mille batteries en deux heures d’un conteneur…», soufflera avec malice Me Vincent Hoarau.
La même «petite main» explique que les batteries «ramassées un peu partout» -ou plutôt au fond des bornes de recyclage et auprès de garagistes peu scrupuleux- étaient réceptionnées par des proches à Madagacar pour être revendues à des Karana à 40 centimes la tonne. Les transitaires et instigateurs du trafic étaient les vrais bénéficiaires puisque selon la douane, l’exportation d’un conteneur de batteries permettait de faire un bénéfice de 10 000 euros.
Présenté pendant l’enquête comme l’organisateur du trafic, le «trader» mauricien Ashok Nunkomar, qui vit à Madagascar, n’a finalement pas été longtemps au centre des débats.

© JIR

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