Editorial Opinions

Sans foi ni toit

L’expulsion de l’ancienne ministre de la Justice de son domicile à Amparibe , qu’elle occupe indûment depuis quatre ans fait jaser le microcosme socio-politique. Elle prend des allures de drame et réveille les démons d’un régionalisme primaire. D’aucuns voient dans cette expulsion un acharnement sur les natifs de ceci, originaires de cela. On en est encore à cette considération utilisée par la colonisation pour lézarder l’unité nationale. On ne peut donc limoger un ministre, remplacer un Premier ministre, expulser un dignitaire de l’État hors la loi, sans que cela ait une connotation politique. Après quatre mises en demeure, sans compter les appels téléphoniques pour lui rappeler qu’elle ne devrait plus occuper cette villa de l’État réservée aux membres du gouvernement, il est normal que l’état passe à la manière forte. Seule maladresse dans cette entreprise, la concomitance de l’action avec le mouvement des députés de l’opposition, dont Christine Razanamahasoa est un des leaders, contre le vote de trois projets de loi relatifs aux élections. Si ce n’est pas des représailles, ça y ressemble.
Maintenant il faut élargir cette mesure à tous les fonctionnaires de l’État qui squattent les logements administratifs sans y avoir droit, ceci pour prouver qu’il ne s’agit pas d’une sanction politique. Dieu sait s’ils sont nombreux.
La situation ne vaut pas un débat passionné. L’État a intérêt à bien gérer son patrimoine et à ne pas céder aux caprices de quelques fonctionnaires indélicats. Si les logements administratifs, les villas de l’État ne suffisent pas pour caser ses hauts fonctionnaires, c’est que bon nombre d’entre eux ont disparu, vendus à des fonctionnaires chanceux.
L’attitude de l’ancienne ministre est déplorable en ce sens qu’elle devrait être un exemple de conduite et de correction, un modèle de civisme et de sens de l’État.
Il est devenu difficile aujourd’hui de dégager des squatters occupant un terrain titré et borné. L’affaire se complique quand le petit peuple voit ce que les dirigeants font. C’est d’autant plus répréhensible que le comportement tend à être banalisé. Il y quelques années, un chef d’institution destitué, a tout emporté, y compris la moquette, dans la villa où il logeait. Il a même réussi à inscrire la voiture de fonction à son nom. L’État venait pourtant d’investir 140 millions d’ariary pour meubler la villa en question.
Ce chef d’institution ne constitue pas un cas isolé. D’autres ministres en ont fait autant et ont pris le matériel de bureau, comme l’ordinateur, qu’ils ont utilisé. Sans parler des voitures du ministère. Et à chaque changement de ministre, tout doit être changé. Voila pourquoi le budget d’un ministère ne suffit pas pour accomplir les tâches qui lui sont assignées ni pour investir pour le bien de la population.
Hélas, le pays est infesté de sans foi ni toit qui s’accrochent à une situation privilégiée offerte par leur statut politique. Savoir céder sa place et refuser des avantages indus, font partie de l’alternance démocratique. Comment peut-on prétendre diriger le pays un jour, si on n’a même pas un minimum de valeurs républicaines ? Si on n’est pas capable de montrer aux concitoyens ce qu’est le sens de l’État?
C’est d’autant plus déplorable quand on constate que la plupart des barons de la Transition on pu se construire un chez soi luxueux et paradisiaque. Pour l’ancienne ministre de la Justice, difficile de croire à une descente aux enfers.

Par Sylvain Ranjalahy

 

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