Notes du passé

Des fouilles archéologiques difficiles en milieux hostiles

Les cases des Talakiens pourraient ressembler à ces cases rectangulaires des pêcheurs de la côte malgache.

Aux côtés des traditions orales qui existent dans toutes les régions malgaches, les découvertes archéologiques constituent aussi des sources historiques et ethnographiques sur les origines des peuples de la Grande ile. Dans le livre d’ Histoire de Madagascar, en date de 1968 et destiné aux lycéens des classes Terminales, il est précisé que c’est à l’archéologue Pierre Vérin et au géographe René Battistini que l’on doit les découvertes les plus récentes.
En fait, la rareté des documents archéologiques tient pour une assez grande part, à l’insuffisance des moyens de la recherche, mais aussi à l’immensité de l’espace malgache et à la difficulté des fouilles dans des milieux géographiques souvent hostiles. Dans beaucoup de régions, « les hommes de la protohistoire ont dû utiliser le bois comme matériau de construction». Mais comme le bois est périssable, les établissements protohistoires sont difficilement repérables. Aussi, les principaux documents de cette période sont-ils les fortifications et les poteries. Les sites archéologiques révèlent également d’autres objets, principalement des produits de l’artisanat : outils, objets usuels, etc.
L’étude des fortifications permet de constater des différences sensibles entre les paliers orientaux (Ankay) et les Hautes-terres, Imerina et Betsileo principalement, et les régions occidentales de la Grande ile, précisent les auteurs de l’ouvrage d’Histoire. Dans l’Ouest de l’ile, des palissades continuent de protéger les villages. Cette technique serait plus spécifiquement africaine et remonterait à l’occupation la plus ancienne.
Sur les paliers orientaux (Ankay) et sur les Hautes-terres, les sites, villages de l’Imerina ou «vala» du Betsileo, sont souvent défendus par des fossés couronnant les collines.
Leur similitude avec certains villages indonésiens est mise en relief. Ces sites seraient plus récents que les premiers. On serait porté à voir dans ces deux techniques une preuve supplémentaire de la différenciation des deux périodes essentielles du peuplement.
L’étude des poteries doit beaucoup à Pierre Vérin qui souligne la ressemblance de quelques types de poteries malgaches avec des poteries sud-asiatiques. « Il est possible que la comparaison des recherches et des motifs de décoration confirme encore cette similitude. »
En matière d’anthropologie protohistorique, la totalité des sépultures protohistoriques conservent encore leurs secrets. Seules les fouilles de Bimaro, près de Vohémar, donnent lieu à des études anthropologiques. « Les mensurations effectuées, par Paulette Marquer notamment, ont montré que les Iharaniens étaient une population très métissée, à forte dominante négroïde avec de rares types mongoloïdes purs. » Selon les auteurs de l’ouvrage d’Histoire, « la seule enquête scientifique portant sur des restes protohistoriques montre l’importance et la
variété des brassages humains et s’accorde assez bien avec les conclusions des travaux de l’anthropométrie contemporaine ».
Le matériel des fouilles appuie également la diversité des origines : poteries et vaisselle chinoises, verrerie persane, curieuses marmites non identifiées. Des bijoux, des armes, la disposition des tombes suggèrent une forte empreinte musulmane.
Les auteurs de l’ouvrage précisent aussi que c’est à Pierre Vérin que l’on doit un bilan récent des découvertes archéologiques à Madagascar. Durant le premier millénaire de l’ère chrétienne, les plus anciennes ne remontent pas au-delà du VIe siècle de l’ère chrétienne, vestiges lithiques très difficiles à identifier (fragments de pierre). Pour la période du début du IXe siècle au XIe siècle, trois gisements concernent la région d’Irodo (sur la côte Nord-est de l’ile entre Antsiranana et Vohémar). Selon Pierre Vérin, dans l’un de ces trois sites, « l’occupation aurait duré jusqu’au XVe siècle ».
Dans l’extrême Sud de l’ile, dans l’embouchure du Manambovo, le gisement de Talaky met en évidence l’existence d’un groupe humain connaissant le fer et la poterie et pratiquant la pêche à la ligne. « La datation au carbone 14 indique le XIIe siècle.» Cependant, il n’est pas possible actuellement de supposer des contacts entre le Nord et le Sud de l’ile.
Les auteurs de l’ouvrage notent que des sites de subfossiles sont datés entre le VIIIe et le XIe siècle. À cette époque, des hommes vivent dans la Grande ile, les chercheurs contemporains pensent que « les premières sociétés humaines ont contribué à la disparition de cette faune d’animaux géants ». Les fonds de cabanes de Talaky contiennent des débris de coquilles d’aepyornis à côté des débris de poteries. René Battistini estime que les hommes de Talaky sont les contemporains des ratites géants et qu’ils ont pu provoquer la disparition de l’espèce en ramassant leurs œufs pour les consommer.
« Ainsi, la majeure partie de découvertes les plus anciennes intéressent le Nord-est et le Nord-ouest de l’ile. » Elles portent le témoignage d’une occupation de la frange côtière préalable à la pénétration de l’ile.

Commenter

Ce formulaire recueille votre nom et adresse e-mail afin que nous puissions valider votre commentaire. Veuillez consulter notre politique de confidentalité afin de prendre connaissance sur la façon dont nous protégeons vos informations.
Je consens à ce que L'Express de Madagascar collecte mon nom et email..

Cliquez pour commenter