Chronique de Vanf

Les civilisations sont mortelles

Je viens de regarder une Cheffe rubrique à la Lettre de l’Océan Indien parler de Madagascar sur France 24. Notre île a décidément une sale réputation à l’international, quand les gens daignent s’y intéresser. Sinon, on a l’impression que les étrangers, là-bas, parlent d’un tout autre pays, tant j’ai de la peine à reconnaître le mien dans leurs généralisations approximatives.
Méconnaissance par distance ou clichés éculés, donc, mais, d’abord, la faute nous en incombe. Hong-Kong, sur son petit millier de kilomètres carrés, est, depuis une décennie, la ville la plus visitée au monde par les étrangers. Le slogan, «un pays, deux systèmes» fait recette : pour 2018, l’office du tourisme hongkongais attend 60 millions de touristes, dont 46 millions débarquant de Chine continentale. Au Rwanda, l’épisode du génocide de 1994 semble définitivement surmonté, puisque le pays se lance désormais dans une opération marketing «Visit Rwanda» pour séduire les touristes internationaux. Le Vietnam, qui a subi la «guerre d’Indochine» (1946-1954) suivie de la «guerre du Vietnam» (1954-1975), n’est plus ce pays que fuyaient en masse les «boat people» : même qu’en 2020, quarante-trois ans après la fin de la guerre, sa capitale accueillera un Grand Prix de Formule 1.
De son côté, Il y a quarante-trois ans, Madagascar pénétrait en aveugle, déjà, dans un tunnel socialiste dont toute une «génération sacrifiée» ne verra jamais la sortie. Un jour, on dressera le bilan éducationnel, culturel et moral, de ces années socialistes, mais on sait déjà que ces années ont corrodé le «fanahy no olona» (c’est le texte dans le dictionnaire Abinal/Malzac datant de 1888), la droiture qui fait l’homme. La ruine matérielle se double, en effet, d’une faillite morale dont les racines plongent loin, plus loin que 2018, que 2013, que 2009, que 2002, que 1991.
Notre réputation, c’est depuis un regard extérieur, finalement subjectif. Notre réalité, c’est un malaise au vivre ensemble, la défiance envers ceux qui prétendent nous gouverner, un sentiment où la colère la dispute à la honte. Quelque chose se craquelle, et ce diffus pourrait-il n’être finalement qu’un vernis ? Qu’une digue menace de céder et l’on saura très exactement, à la seconde près, l’heure de la fuite fatale. Personne ne pourra prédire où et quand s’épuisera le tsunami.
En 1946, naissait une association au nom évocateur, «Civilisation». Deux années plus tard, «Civilisation» publiait le premier numéro de la revue «Chemins du Monde» que son rédacteur en chef annonçait par ces mots : «La barbarie est toujours prête à renaître dans nos coeurs, mais un jugement droit au coeur d’un seul homme est déjà la promesse d’un effort juste, et une victoire pour les civilisations».
Le concept d’un unique jugement droit, au coeur d’un seul, celui qui aurait pu s’écrier «s’il ne devait en rester qu’un, je serais celui-là». Voilà la promesse d’une civilisation dont on ne désespère pas. Une promesse dont je veux bien qu’elle m’engage parce qu’il me faut y croire. Sinon, ce serait la barbarie, la fin d’un monde, la fin d’une certaine Histoire.

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